Petite histoire de la Crimée

17/03/2010 à 12:24 | Publié dans A propos de la Crimée | Laisser un commentaire
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forteresse gênoise de Soudak

La forteresse gênoise de Soudak en Crimée

La Crimée a, depuis la nuit des temps, de part sa position économique, géographique et stratégique ainsi que son climat clément, fait l’objet de nombreuses convoitises. Le nombre de peuplades de religions et cultures différentes, qui y ont posé le pied au cours des trois derniers millénaires en témoigne. Il y a très longtemps, les Cimmériens et les Taurins furent les premiers à la coloniser. Ils furent cependant bientôt repoussés par les cavaliers Scythes. Par la suite, Grecs, Romains, Alains, Sarmates, Goths, Huns et Khazars conquirent et peuplèrent la presqu’île.

En 988, Volodymir (Vladimir), prince de Kiev envahit la Crimée, épousa la sœur de l’empereur byzantin Basile II, se convertit au christianisme, et posa la première pierre d’une église russe orthodoxe. C’est aussi à cette époque, en raison de l’intensification du commerce, dont certaines routes passaient par la Crimée, que des marchands vénitiens, arméniens et gênois construisirent des fortifications dont on trouve encore les vestiges aujourd’hui.

Une autre date clé de l’histoire de la région est l’année 1300, qui vit les cavaliers mongols déferler sur l’Europe, conquérir la Crimée et instaurer l’islam comme religion principale pour plusieurs siècles. Peu après, en 1427, à la suite de la défaite de la Horde d’Or fut créé par les Tatares le Khanat de Crimée avec pour capitale Bakhchisarai, qui resta pendant les trois siècles suivant un centre important de pouvoir dans la région.

La fin de la guerre russo-turque en 1774 et le traité de Kutschuk-Kaïnardji marqua la fin d’une certaine indépendance de la Crimée. La région, finalement annexée par l’Empire russe grâce à la victoire finale du Prince Potemkine en 1783, fut déclarée par l’impératrice Catherine la Grande « terre éternellement russe ». A la suite de cette annexion, une grande partie de la population tatare alla se réfugier dans l’empire Ottoman. Parallèlement à cette russification de fait, les tatares étant devenus dès lors minoritaires, l’impératrice favorisa l’implantation de colons venus d’Europe de l’Ouest, ce qui modifia et enrichit le visage culturel de la Crimée de nouvelles facettes. Les années suivantes furent le théâtre de nombreux conflits entre Russes et Ottomans, qui aboutirent à la Guerre de Crimée de 1853 à 1856, lors de laquelle les Russes durent faire face à l’Empire Ottoman à l’aube de son déclin et à ses alliés britanniques, français et sardes. Le but de la coalition, lors de ce qui fut considéré comme la première guerre de tranchées de l’histoire mondiale, était de contrer les appétits d’expansion de l’Empire russe en Europe du Sud-est.

Extraits du panorama de Sébastopol

Extraits du panorama de Sébastopol

Malgré la défaite de l’Empire russe, la guerre de Crimée est vue jusqu’à nos jours en Russie de manière très positive, et est considérée comme l’un des symboles de l’héroïsme russe. En effet, les troupes russes résistèrent à Sébastopol pendant 349 jours, avant de devoir se résigner à abandonner la ville complètement détruite.

De même que la plupart des régions d’Europe, la Crimée connut dès le milieu du 18e siècle un développement économique intense. A la suite de la révolution industrielle, la première ligne de chemin de fer y fut érigée en 1875, la flotte russe fut reconstruite, et la population de la Crimée doubla. A cette époque, la Crimée s’imposa aussi comme l’une des régions thermales les plus importantes de Russie. En 1905, le pouvoir du tsar vacilla lorsque des matelots mécontents se rebellèrent et organisèrent une mutinerie sur le cuirassé Potemkine, mouillant à l’entrée du port de Sébastopol, déclenchant la Révolution de 1905-1907.

Après la révolution de 1917, la Crimée connut les affres de la guerre civile. Des années durant, ni les révolutionnaires bolchéviques, ni les russes blancs restés fidèles au tsar ne parvinrent à en prendre le contrôle. Ce n’est qu’en novembre 1920 que l’Armée Rouge, sous la conduite de Mikhaïl Frounze, chassa les derniers combattants blancs de la presqu’île. Sous le règne de Staline, la politique de déportation systématique des minorités autochtones de Crimée mise en œuvre dès le début des années 20 se poursuivit, avec pour but de contrer toute velléité de résistance au pouvoir russe des minorités par une russification accélérée de la population. En conséquence de cette nouvelle vague de russification forcée, dix mille familles tatares furent déportées en Sibérie et en Asie Centrale.

A l’automne 1941, les troupes d’Hitler marchant sur la Russie envahirent la presqu’île. Seule la forteresse de Sébastopol put être conservée par l’Armée Rouge, qui réussit à résister à 250 jours de siège avant d’abandonner la ville. La Crimée fut reconquise en 1944 par l’Armée Rouge au terme de combats sanglants, durant lesquels la ville de Sébastopol fut réduite en cendres. Seules 9 maisons restèrent intactes. Churchill lui-même s’en émut lorsqu’il visita la ville en 1945 en marge de la conférence de Yalta, et déclara qu’il ne faudrait pas moins de 50 ans à la ville pour se relever. Staline, pris au vif, déclara la reconstruction de la Sébastopol comme priorité nationale et y parvint en cinq ans au prix de privations et d’efforts surhumains. Dès 1945, il décerna à la ville le titre de ville-héros de l’Union Soviétique. En qualité de base principale de la flotte de la mer noire, l’accès à Sébastopol fut longtemps interdit aux étrangers.

Peu après la libération de la Crimée, Staline y ordonna une nouvelle vague d’épuration, pour motif que les populations tatares et d’autres minorités auraient collaboré avec les nazis. Ce qui causa la déportation de 20 000 personnes supplémentaires. La presqu’île était dès lors presqu’entièrement russifiée.

A l’occasion des 300 ans de la signature du traité de Pereïaslav, par lequel, du point de vue russe, l’Ukraine se rattacha à l’Empire russe, le premier secrétaire du Parti communiste Nikita Khrouchtchev offrit avec générosité la Crimée à la République soviétique d’Ukraine. Cet acte se révéla d’une importance capitale après l’indépendance de l’Ukraine en 1991, lorsque la Russie se vit menacée de perdre l’une de ses régions stratégiquement les plus importantes.

Depuis les années 90, les mouvements autonomistes sont très forts en Crimée, soutenus par une majorité de la population pro-russe. Parallèlement, le retour des populations tatares, déplacées pour la plupart en Asie Centrale, crée également des conflits d’ordre social. Des programmes de soutien à l’intégration de la minorité tatare ont été créés, population qui est à présent également représentée au Parlement de Crimée.

A l’heure actuelle, la Crimée est redevenue la destination de vacances préférée des Ukrainiens. Des paysages grandioses, la mer Noire et de nombreuses possibilités d’excursions attirent aussi de plus en plus de touristes étrangers. Cela peut parfois conduire à des bains de foule, qui n’ont plus rien à voir avec de vraies vacances en Crimée. C’est pourquoi nous vous conseillons de visiter la Crimée en basse saison, d’avril à juin et de septembre à octobre. Vous aurez des températures relativement estivales et il sera déjà/toujours possible de se baigner dans la mer Noire.

La grande famine (Holodomor)

15/03/2010 à 10:40 | Publié dans Histoire de l´Ukraine | Laisser un commentaire
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Monument à la mémoire des victimes de l'Holodomor

Des terres et la paix, avait promis Lénine aux paysans, afin de les enthousiasmer pour la révolution. Mais à la place de la paix tant promise, ce fut la guerre civile, et il fallut attendre également pour la terre.

La première famine eut lieu pendant la guerre civile. Des comités saisissent le blé pour l’armée et les villes. L’Ukraine n’est pas la seule à connaître la famine. Plus de 200 000 personnes fuient la région de la Volga vers l’ouest, pour ne trouver cependant qu’une faim encore plus grande. Malgré l’aide internationale, près d’un million de personnes mourront.

Puis, le régime soviétique s’assouplit, passant du « communisme de guerre » à la « nouvelle politique économique » (NEP), tolérant à nouveau une certaine liberté économique. Les obligations fiscales sont assouplies, au lieu de payer en nature, de l’argent circule de niveau pour payer les impôts. Il est à nouveau plus rentable de produire pour le marché.

Mais les entreprises produisent en général trop peu. Des plans agricoles irréalisables et de grands projets conduisent à nouveau au chaos. L’agriculture intensive n’est plus profitable.

Staline, qui à cette époque-là consolidait son pouvoir, savait comme la masse de paysans mécontents pouvait être dangereuse. En particulier quand une partie a déjà appris à négocier et à défendre ses intérêts. Ces paysans-là existaient et il fallait les éliminer. Collectivisation et liquidation des « koulaks » (propriétaires terriens) devinrent le mot d’ordre. A partir de 1930, les paysans ukrainiens furent obligés de travailler au kolkhose. Bien sûr, ils s’en défendaient, surtout les familles qui s’étaient enrichies, épine dorsale de la paysannerie. On les définit comme « koulaks », des parasites et des sangsues ennemies du peuple, qu’il fallait anéantir. C’est ainsi que furent déportés sans exception des millions de personnes. Hommes, femmes, jeunes, vieux, abandonnés le long des voies ferrées menant en Sibérie, chargés sur des péniches en direction de la mer polaire, et abandonnés à leur destin au milieu de nulle part dans la toundra.

Parallèlement, en 1931, les efforts de production demandés pour ceux restés en arrière augmentèrent. En 1939, une famille en Ukraine devait survivre avec seulement 83 g de blé par tête. La nouvelle économie collective était un désastre. Elle était conduite par des activistes politiques n’ayant souvent aucune compétence en la matière. Les véritables économistes étaient déportés, et ne pas obéir aux ordres était considéré comme du sabotage, puni par une peine d’emprisonnement dans un camp.

La faim fit à nouveau son apparition. L’Ukraine fut à nouveau particulièrement touchée. Dans les années 1932 et 33, jusqu’à la moitié de la population des villages du sud et de l’ouest succomba à la famine. Les villages étaient décimés. Il y eut des cas de cannibalisme. On estime aujourd’hui qu’entre 3 et 5 millions de personnes moururent lors de cette grande famine, cependant qu’on continuait à exporter le blé vers l’Europe. Mais non, il n’y avait pas de famine dans le pays heureux des ouvriers et des travailleurs.

Ensuite, il n’y avait plus de paysans, seulement des travailleurs du kolkhose. La grande famine du début des années 30 a beaucoup marqué le pays, et de nombreux monuments nous la rappellent.

Le monument situé au pied du cloître St Michel à Kiev, par exemple, ainsi que plusieurs croix élevées ces dernières années dans les villes ukrainiennes, interpellent le passant en lui rappelant la souffrance sans nom de millions de personnes. Le gouvernement ukrainien défend l’idée que cette catastrophe visait directement et consciemment le peuple ukrainien et parle donc de génocide. Cette thèse est cependant contestée par certains historiens.

La deuxième guerre mondiale

09/03/2010 à 16:26 | Publié dans Histoire de l´Ukraine | Laisser un commentaire
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La deuxième guerre mondiale

Monument commémorant la deuxième guerre mondiale

Le 22 juin 1941, les troupes allemandes franchissent le fleuve frontalier Boug et tentent de contrôler le pays le plus rapidement possible en faisant usage d’une brutalité jamais vue. Hitler est persuadé que l’Union soviétique lui appartiendra dès lors qu’il prendra Moscou, et que cela doit se passer avant l’arrivée du terrible hiver russe. Kiev tombe en septembre, en octobre, Odessa, Sébastopol se défend âprement et est assiégée plusieurs mois par les nazis. Fin 1941, tout le territoire de la République soviétique d’Ukraine ainsi que la Crimée se trouvent aux mains des Allemands. Des millions de personnes ont déjà perdu la vie. Seulement voilà, Moscou n’est pas tombée, et les nazis s’engagent dans une guerre de position fastidieuse qui causera leur perte.

Pendant la deuxième guerre mondiale, l’Ukraine, tout comme d’autres régions de l’Union soviétique, sera mise à feu et à sang. Des millions de juifs ukrainiens seront pris dans la machine infernale de l’holocauste et massacrés de manière systématique. Des trains entiers de travailleurs forcés (environ 2 millions) seront déportés vers l’Allemagne pour y être exploités dans des conditions inhumaines. La population restée en Ukraine doit produire du blé et des légumes pour les troupes allemandes et travailler à la fabrication d’armes. On leur rationne la nourriture et leur laisse seulement à peine de quoi survivre. Les églises et les musées sont pillés, et de nombreux trésors culturels sont perdus à jamais. Les fonctionnaires du parti et les partisans sont tués de manière impitoyable. Celui qui ose s’élever contre le régime doit payer de sa vie, ou de celle de sa famille ou des habitants de son village. Mais il y a aussi des volontaires parmi les ukrainiens, qui formeront la division SS « Galicie » et se battront aux côtés des nazis.

Ce qui n’a pas été détruit en 1941 en Ukraine lors de l’invasion nazie le sera en 1944 lors du retrait des troupes allemandes, et ce par la « politique de la terre brûlée » pratiquée par Berlin. Dans les villages, ce sont les hommes et les bêtes qui sont enfermés dans la plus grande maison, à laquelle on met le feu. Le « Schienenwolf » (loup ferroviaire) est utilisé pour détruire une grande partie du réseau ferroviaire ukrainien, afin de ralentir l’avancée des troupes soviétiques. Les ponts et les usines sautent. Tout, enfin, qui pourrait être de quelqu’utilité à l’Union soviétique après la guerre, est éliminé.

Après la guerre, le bilan est lourd pour l’Ukraine : quatre millions et demie de morts, plus de deux millions de déportés, dix millions de sans-abris, des milliers de villages et des centaines de villes détruits. Proportionnellement, à chaque village détruit en France correspondent 250 en Ukraine. A Sébastopol, la ville fortifiée de Crimée, seules 9 maisons sont intactes. A la vue du désastre, Winston Churchill dira que la ville ne pourra pas être reconstruite, même en 50 ans.

Les prisonniers de guerre ukrainiens et les travailleurs forcés rentrent au pays après la guerre, mais sont pris à court par le procès injuste que leur fait le NKVD, qui les accuse d’avoir collaboré et trahi leur pays. En conséquence de ces « purges », des dizaines de milliers de personnes seront déportées en Sibérie ou disparaîtront dans les prisons soviétiques.

Déplacements forcés et expulsions

En 1945, lorsque les nazis sont enfin vaincus, les frontières de l’Europe sont redessinées, ce qui entraîne une vague de déplacement forcé de population et d’expulsions, qui touchera particulièrement l’Ukraine. En 1944, déjà, les Tatars de Crimée, accusés (à tort) d’avoir collaboré avec les nazis, sont déportés au Kasakhstan. De titanesques échanges de population ont lieu avec la Pologne, la Roumanie et la Tchécoslovaquie. Les survivants de l’Holocauste s’installent en Israël, fraîchement créé, ou en Amérique. Afin d’assurer la sécurité dans les territoires à fortes minorités nationales, celles-ci sont déplacées au cœur de l’Union soviétique, et remplacées par des citoyens soviétiques venant de Russie. Des millions de personnes sont ainsi déracinées.

Le but final de la politique de déplacement de population se rapproche très clairement d’une mise au pas de tous les peuples soviétiques au profit des russes. Ayant brisé l’équilibre précaire entre les différentes populations, elle est également la cause de tensions dans une grande partie de l’Ukraine.

Membre fondateur des Nations Unies (ONU)

A la fin de la Deuxième Guerre mondiales, les grandes puissances sont toutes conscientes de la nécessité de trouver une autre forme d’entente entre les peuples, afin d’éviter que de telles catastrophes ne se reproduisent. Le résultat en est la création de l’Organisation des Nations Unies. La République soviétique ukrainienne signe le traité en tant que membre fondateur. Cette signature facilitera un peu plus tard, en 1991, son chemin vers l’indépendance.

L’entre-deux-guerres

09/03/2010 à 16:05 | Publié dans Histoire de l´Ukraine | Laisser un commentaire
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Uzhgorod

Uzhgorod

Pour une partie de l’Ukraine, celle des Carpates ukrainiennes, partie intégrante de la Tchécoslovaquie à cette époque-là, s’ensuivit une période de paix et de prospérité. Cette paix sera en grande partie due à la masse de créances irrécouvrables que l’Empire Austro-hongrois dut rendre à la Tchécoslovaquie. Le gouvernement à Prague encouragea le développement culturel et économique de cette région reculée, et aida à la création notamment d’écoles ukrainienne, ce qui mena au développement de la société civile et à la création de partis politiques. La Tchécoslovaquie étant rayée de la carte par le traité de Munich en 1938, ce sont les Hongrois qui annexent les Carpates ukrainiennes, jusqu’à l’invasion soviétique en 1944.

En Pologne, les Ukrainiens représentent en nombre la minorité la plus importante, et ont donc l’occasion d’être représentés autant sur le plan culturel que politique. Des associations à but culturel et éducatif voient le jour, comme « Prosvita » (les Lumières) et « Ridna Skola » (l’école de la patrie) et forment un nouveau réseau éducatif à travers tout le pays. Des partis politiques ukrainiens défendent les intérêts des Ukrainiens au parlement. Cependant, les Polonais cherchent clairement à garder la main sur l’administration de ce territoire nouvellement acquis, et à imposer le catholicisme romain comme foi dominante. L’Ukraine polonaise se développe, mais son caractère profondément rural est un frein à un boom économique. Ces années de paix prennent fin avec le pacte germano-soviétique. Les troupes soviétiques envahissent la Galicie et la Volhynie en 1939, et ces deux régions faisant jusqu’alors part de la Pologne occidentale sont rattachées à la République soviétique ukrainienne.

Les parties de l’Ukraine actuelle revenant à la Roumanie, la Bukovina et la Bessarabie, avaient, elles, beaucoup moins de chances d’arriver à s’affirmer. La politique très rigide menée par Bucarest vis-à-vis de ses minorités nationales visait à assimiler complètement la population des nouvelles régions à la nation roumaine. C’est ainsi que les écoles ukrainiennes furent fermées ou roumanisées, la roumain fut introduit comme seule langue officielle et les journaux et associations culturelles ukrainiens furent interdits.

En Ukraine soviétique, les bolchéviques se concentrèrent sur l’adaptation de l’agriculture aux besoins de l’Union. Aussitôt après leur prise de pouvoir, ils mirent sur pied des commandos de réquisition passant dans les villages et confisquant aux paysans tout ce qui avait de la valeur. Ceci conduisit à des révoltes paysannes. Les champs furent délaissés, les récoltes mauvaises, et des dizaines de milliers de gens moururent dans la famine qui s’ensuivit. Ce ne fut qu’après plusieurs années, lorsque les bolchéviques assouplirent leur politique et laissèrent aux paysans également de quoi subsister et vendre sur les marchés, que la situation se décanta.

Pour rendre les habitants des régions nouvellement acquises plus concilliants, l’administration soviétique leur accorde une certaine autonomie culturelle, notamment par le fait de pouvoir conserver leur propre langue. La langue ukrainienne fut ainsi revalorisée, utilisée pour la première fois officiellement dans des écrits juridiques et économiques. En société, dans les écoles et les universités, l’utilisation de la langue ukrainienne est encouragée. Résultat de la collectivisation des terres et de l’industrialisation, l’ukrainien est redécouvert jusque dans les villages les plus reculés. Le nombre d’habitants ukrainophone augmente considérablement, car cette langue est parlée de plus en plus en Ukraine occidentale, et également par d’autres minorités de la République soviétique ukrainienne, qui la parlent parallèlement à leur langue maternelle.

La situation change radicalement au début des années 30. La prise de pouvoir par Staline signifie la chasse aux sorcières dans les propres rangs des soviétiques, la chasse aux « ennemis », auxquels appartiennent naturellement les nationalismes des Républiques soviétiques, dont l’autonomie est dans la foulée considérablement réduite. Car le nationalisme des petites nations fait ombre à la vision de la grande idée soviétique. La guerre est à nouveau déclarée à la culture ukrainienne. Les cours sont à nouveau donnés en russe, à vrai dire, tout le monde parle russe dans la sphère publique. Les hommes politiques, économistes, artistes et professeurs qui tentaient auparavant de promouvoir la langue ukrainienne sont révoqués ou démissionnent eux-même. Les purges de 1937, signifiant déportation, exil, exécutions, déciment les rangs de l’intelligentsia ukrainienne, qui trouvent des remplaçants dans les rangs russes. Les églises sont fermées, pillées, réutilisées à des fins profanes, ou sont détruites. En Ukraine occidentale, transformé progressivement en grand centre industriel, ce sont des ingénieurs et des ouvriers russes qui s’installent, apportant avec eux leur langue et leur culture, accélérant la russification de la région. Les années 30 sont aussi le théâtre de la terreur du régime envers les paysans pour les pousser à la collectivisation et étatisation forcée du secteur agraire, provoquant une famine aux dimensions inimaginable, l’Holodomor.

Dans tous les territoires revenant aux mains des soviétiques par traités ou annexions se déroule le même scénario fait d’emprisonnement, déportation, exécution des têtes pensantes, et de collectivisation forcée.

La grande terreur dura jusqu’au début des années 40. Elle apporta le malheur pour des millions de familles et priva le pays d’une grande partie ses hommes et femmes les plus compétents. Dans les années qui suivent Staline se trouve aux commandes d’un appareil étatique bien roué, s’appuyant sur des bureaucrates bien mis au pas et souvent incompétents, les apparatchiks. L’Ukraine ne s’en est jusqu’à aujourd’hui pas encore tout à fait relevée et il est bien dur de changer les réflexes d’obséquiosité d’incompétence et d’absence de responsabilité dans les mentalités.

De nombreux déplacements forcés de populations allemandes et polonaises d’Ukraine au Kasakhstan eurent lieu entre 1936 et 1940, afin d’éloigner d’éventuels sympathisants nazis des futures zones de combat. Car Staline le sait : ce n’est qu’une question de temps avant que les Allemands, qui occupent de nouveau la France, le Bénélux et la moitié de l’Europe de l’Est, attaquent l’Union soviétique.

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