Odessa – bien plus qu’un escalier…

23/03/2010 à 15:13 | Publié dans A propos de la Crimée | Laisser un commentaire
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Le fameux escalier qui servit de décor pour une scène du "cuirassé Potemkine" d'Eisenstein

Monument dédié à Catherine II, Odessa

Monument dédié à Catherine II, Odessa

… même si celui-ci reste tout de même un symbole fort de la ville. Car certains viennent à Odessa tout d’abord pour admirer « en vrai » le lieu où se joue la plus fameuse scène du fameux film d’Eisenstein « le cuirassé Potemkine ». Naturellement, Odessa, ville fondée par Catherine la Grande souvent injustement oubliée des sentiers touristiques traditionnels. La ville porte, tout comme Kherson, un nom grec lourd de signification, et a naturellement bien plus à offrir au voyageur en quête de nouvelles sensations.

L’histoire d’Odessa commence au 11e siècle. Elle fut tout d’abord une colonie, prise et détruite par les Coumans, un peuple de nomades turcophones. Par la suite, des slaves, puis des Ottomans s’y installèrent, jusqu’à ce que les Russes et les Cosaques ne viennent les en déloger. Un port militaire et commercial y fut construit, et la ville fut agrandie.

Les Français jouèrent aussi un rôle à Odessa. On peut y voir par exemple non loin de ce fameux escalier, sur le boulevard Primorskyj, la statue de son premier gouverneur, Armand Emmanuel du Plessis, duc de Richelieu, ou tout simplement « Richelieu » pour les odessites, émigré français ayant fui la Révolution, qui assuma la fonction de gouverneur de la ville pendant onze ans. Et ce n’est pas un Romain, malgré sa posture et le style décidément classique de la statue. Mais c’est que la ville porte décidément l’empreinte de l’époque du retour aux sources antiques, la Renaissance, qui a non seulement décidé de son nom, mais qui a également imprégné en grande partie son architecture. Les bâtiments, le long de ses larges boulevards ombragés, donnent une idée de la majesté de l’Odessa du 19e siècle.

L’un des bâtiment les plus impressionnants est l’ancienne résidence du prince Mikhail Semionovich Vorontsov (1782-1856) avec sa façade à colonnes, construit en 1829 à partir de la structure de l’ancienne centre culturel des marins. fondé en 1880.

A voir absolument également si vous vous rendez à Odessa, l’opéra, entièrement reconstruit entre 1884 et 1887, construit sur le modèle de la Scala de Milan, et le Passage d’Odessa, une galerie marchande du 19e siècle, qui par mauvais temps invite à la flânerie et au shopping.

De nombreux facteurs ont forgé le visage si particulier d’Odessa. Parmi eux, une multiculturalité présente depuis toujours. En effet, depuis sa fondation, de nombreux peuples et ethnies s’y étaient établis. Des Grecs, mais aussi des Juifs (considérés dans l’empire Russe comme un peuple), des Italiens, des Turcs, des Polonais, et bien sûr des Ukrainiens et des Russes. Pour contenter les adeptes des différentes confessions, on construisit de nombreux édifices religieux. Leur nombre s’éleva à 65 à la fin du 19e siècle, dont 11 synagogues.

Les artistes et intellectuels ont toujours été attirés par l’atmosphère magique de cette perle de la mer Noire. Adam Mickiewicz et Vassili Kandinsky y élurent domicile, Alexandre Pouchkine y fut envoyé en exil, le jeune Mendeleïev enseigna dans un de ses lycées, Tchaïkovski, Rimski-Korsakov et Chaliapine travaillèrent à son opéra, Ilf et Petrov, fameux auteurs satiriques soviétiques et auteurs du « mystère des douze chaises », qui fut ensuite adapté au cinéma, y résidèrent, tout comme Isaak Babel et Valentin Kataïev.

Sur le boulevard Primorski

Sur le boulevard Primorski

Conseils restaurant à Odessa

Amis et Bière (Druzja i Pivo), Deribassovskaya ul. Petit bar sympathique situé dans la partie plus calme de la rue principale d’Odessa. Bonne musique et atmosphère détendue, quartier général des Allemands d’Odessa. Fourchette de prix : moyenne.

Restaurant Vassilissa, Gavannaya ul. Authentique cuisine russe et spécialités d’Odessa. Atmosphère rustique et plats succulents. Fourchette de prix : supérieure.

Brasserie Noerdlinher (Pivni Dom), Preobrazhenskaya ul. Entre les magasins de design d’une des rues les plus animées de la ville et les temples culinaires pour gourmets se cache une brasserie, qui en principe ne devrait pas se trouver là. Avec son intérieur rustique et brut de coffre et ses prix modiques, la brasserie se présente sous son vrai jour : une buvette. C’est ici que se retrouvent d’authentiques odessites, pour boire une bière entre amis, discuter de tout et de rien, et fumer et se détendre. Celui qui veut faire la connaissance d’Ukrainiens dans leur contexte quotidien frappe ici à la bonne porte. Fourchette de prix : basse.

Dobre Pivo, Kanatnaya ul. Restaurant pittoresque dans le style d’un café pragois, atmosphère calme et détendue. Notre coup de cœur : les chachliks ! Le meilleur grill d’Odessa ! Fourchette de prix : moyenne.

Petite histoire de la Crimée

17/03/2010 à 12:24 | Publié dans A propos de la Crimée | Laisser un commentaire
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forteresse gênoise de Soudak

La forteresse gênoise de Soudak en Crimée

La Crimée a, depuis la nuit des temps, de part sa position économique, géographique et stratégique ainsi que son climat clément, fait l’objet de nombreuses convoitises. Le nombre de peuplades de religions et cultures différentes, qui y ont posé le pied au cours des trois derniers millénaires en témoigne. Il y a très longtemps, les Cimmériens et les Taurins furent les premiers à la coloniser. Ils furent cependant bientôt repoussés par les cavaliers Scythes. Par la suite, Grecs, Romains, Alains, Sarmates, Goths, Huns et Khazars conquirent et peuplèrent la presqu’île.

En 988, Volodymir (Vladimir), prince de Kiev envahit la Crimée, épousa la sœur de l’empereur byzantin Basile II, se convertit au christianisme, et posa la première pierre d’une église russe orthodoxe. C’est aussi à cette époque, en raison de l’intensification du commerce, dont certaines routes passaient par la Crimée, que des marchands vénitiens, arméniens et gênois construisirent des fortifications dont on trouve encore les vestiges aujourd’hui.

Une autre date clé de l’histoire de la région est l’année 1300, qui vit les cavaliers mongols déferler sur l’Europe, conquérir la Crimée et instaurer l’islam comme religion principale pour plusieurs siècles. Peu après, en 1427, à la suite de la défaite de la Horde d’Or fut créé par les Tatares le Khanat de Crimée avec pour capitale Bakhchisarai, qui resta pendant les trois siècles suivant un centre important de pouvoir dans la région.

La fin de la guerre russo-turque en 1774 et le traité de Kutschuk-Kaïnardji marqua la fin d’une certaine indépendance de la Crimée. La région, finalement annexée par l’Empire russe grâce à la victoire finale du Prince Potemkine en 1783, fut déclarée par l’impératrice Catherine la Grande « terre éternellement russe ». A la suite de cette annexion, une grande partie de la population tatare alla se réfugier dans l’empire Ottoman. Parallèlement à cette russification de fait, les tatares étant devenus dès lors minoritaires, l’impératrice favorisa l’implantation de colons venus d’Europe de l’Ouest, ce qui modifia et enrichit le visage culturel de la Crimée de nouvelles facettes. Les années suivantes furent le théâtre de nombreux conflits entre Russes et Ottomans, qui aboutirent à la Guerre de Crimée de 1853 à 1856, lors de laquelle les Russes durent faire face à l’Empire Ottoman à l’aube de son déclin et à ses alliés britanniques, français et sardes. Le but de la coalition, lors de ce qui fut considéré comme la première guerre de tranchées de l’histoire mondiale, était de contrer les appétits d’expansion de l’Empire russe en Europe du Sud-est.

Extraits du panorama de Sébastopol

Extraits du panorama de Sébastopol

Malgré la défaite de l’Empire russe, la guerre de Crimée est vue jusqu’à nos jours en Russie de manière très positive, et est considérée comme l’un des symboles de l’héroïsme russe. En effet, les troupes russes résistèrent à Sébastopol pendant 349 jours, avant de devoir se résigner à abandonner la ville complètement détruite.

De même que la plupart des régions d’Europe, la Crimée connut dès le milieu du 18e siècle un développement économique intense. A la suite de la révolution industrielle, la première ligne de chemin de fer y fut érigée en 1875, la flotte russe fut reconstruite, et la population de la Crimée doubla. A cette époque, la Crimée s’imposa aussi comme l’une des régions thermales les plus importantes de Russie. En 1905, le pouvoir du tsar vacilla lorsque des matelots mécontents se rebellèrent et organisèrent une mutinerie sur le cuirassé Potemkine, mouillant à l’entrée du port de Sébastopol, déclenchant la Révolution de 1905-1907.

Après la révolution de 1917, la Crimée connut les affres de la guerre civile. Des années durant, ni les révolutionnaires bolchéviques, ni les russes blancs restés fidèles au tsar ne parvinrent à en prendre le contrôle. Ce n’est qu’en novembre 1920 que l’Armée Rouge, sous la conduite de Mikhaïl Frounze, chassa les derniers combattants blancs de la presqu’île. Sous le règne de Staline, la politique de déportation systématique des minorités autochtones de Crimée mise en œuvre dès le début des années 20 se poursuivit, avec pour but de contrer toute velléité de résistance au pouvoir russe des minorités par une russification accélérée de la population. En conséquence de cette nouvelle vague de russification forcée, dix mille familles tatares furent déportées en Sibérie et en Asie Centrale.

A l’automne 1941, les troupes d’Hitler marchant sur la Russie envahirent la presqu’île. Seule la forteresse de Sébastopol put être conservée par l’Armée Rouge, qui réussit à résister à 250 jours de siège avant d’abandonner la ville. La Crimée fut reconquise en 1944 par l’Armée Rouge au terme de combats sanglants, durant lesquels la ville de Sébastopol fut réduite en cendres. Seules 9 maisons restèrent intactes. Churchill lui-même s’en émut lorsqu’il visita la ville en 1945 en marge de la conférence de Yalta, et déclara qu’il ne faudrait pas moins de 50 ans à la ville pour se relever. Staline, pris au vif, déclara la reconstruction de la Sébastopol comme priorité nationale et y parvint en cinq ans au prix de privations et d’efforts surhumains. Dès 1945, il décerna à la ville le titre de ville-héros de l’Union Soviétique. En qualité de base principale de la flotte de la mer noire, l’accès à Sébastopol fut longtemps interdit aux étrangers.

Peu après la libération de la Crimée, Staline y ordonna une nouvelle vague d’épuration, pour motif que les populations tatares et d’autres minorités auraient collaboré avec les nazis. Ce qui causa la déportation de 20 000 personnes supplémentaires. La presqu’île était dès lors presqu’entièrement russifiée.

A l’occasion des 300 ans de la signature du traité de Pereïaslav, par lequel, du point de vue russe, l’Ukraine se rattacha à l’Empire russe, le premier secrétaire du Parti communiste Nikita Khrouchtchev offrit avec générosité la Crimée à la République soviétique d’Ukraine. Cet acte se révéla d’une importance capitale après l’indépendance de l’Ukraine en 1991, lorsque la Russie se vit menacée de perdre l’une de ses régions stratégiquement les plus importantes.

Depuis les années 90, les mouvements autonomistes sont très forts en Crimée, soutenus par une majorité de la population pro-russe. Parallèlement, le retour des populations tatares, déplacées pour la plupart en Asie Centrale, crée également des conflits d’ordre social. Des programmes de soutien à l’intégration de la minorité tatare ont été créés, population qui est à présent également représentée au Parlement de Crimée.

A l’heure actuelle, la Crimée est redevenue la destination de vacances préférée des Ukrainiens. Des paysages grandioses, la mer Noire et de nombreuses possibilités d’excursions attirent aussi de plus en plus de touristes étrangers. Cela peut parfois conduire à des bains de foule, qui n’ont plus rien à voir avec de vraies vacances en Crimée. C’est pourquoi nous vous conseillons de visiter la Crimée en basse saison, d’avril à juin et de septembre à octobre. Vous aurez des températures relativement estivales et il sera déjà/toujours possible de se baigner dans la mer Noire.

La révolution Orange – nouveau départ vers la démocratie

15/03/2010 à 10:53 | Publié dans Histoire de l´Ukraine | Laisser un commentaire
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Victor Iouchtchenko, leader de la Révolution orange

Pendant 10 ans, Léonide Koutchouma règne sans partage sur l’Ukraine. Toutes les tentatives de lui ravir le pouvoir tournent à l’échec. Les jeunes et la partie ukrainiophone de la population sont particulièrement mécontents de sa politique très russophile. Ce dernier n’a plus le droit de se présenter à l’élection présidentielle de l’automne 2004, mais lance dans la course à la présidence son premier ministre, Victor Ianoukovitch, condamné deux fois pour différents délits.

Mais la situation est différente de celle du Bélarus, le voisin du nord. La tradition de résistance remonte déjà aux manifestations étudiantes des années 80. Dès janvier, une organisation est créée, PORA, « il est temps ». Ses adhérents, principalement des jeunes activistes, montent tout un réseau à travers le pays de groupes d’opposition, qui se préparent avec enthousiasme et phantasie à l’élection. Victor Iouchtchenko et Ioulia Timochenko deviennent les chefs de file du mouvement anti-Koutchouma, et Iouchtchenko candidat de l’opposition à la présidentielle. Et il réussit, au premier tour, le 31 octobre 2004, à réunir plus de voix que son rival Ianoukovitch.

Le pays attend avec impatience le 2e tour, on présuppose des fraudes en faveur du camp jusque-là au pouvoir, et la désignation du poulain de Koutchouma comme vainqueur de l’élection marque le début d’un vaste mouvement de résistance dans la sphère publique.

1546 tentes sont plantées sur la Maïdan Nezalejnosti, la Place de l’Indépendance, en plein centre de Kiev. Des milliers de personnes venues de tous les coins du pays convergent vers la capitale, pour protester contre les fraudes opérées lors de l’élection présidentielle. Orange devient la couleur symbolique de cette révolution pacifiste et lui donnera également son nom.

Lors des manifestations, des jeunes filles sont postées aux endroits stratégiques, afin d’empêcher les autorités d’user de la force devant les caméras du monde entier. Il est important de souligner la discipline régnant dans les deux camps. Il y a peu d’incidents, bien que les partisans des deux camps défilent souvent les uns à côté des autres. L’Ukraine a par ce conflit démontré sa capacité à gérer des conflits politiques de grande importance de façon pacifique et démocratique, sans avoir à faire usage des armes, contrairement à beaucoup d’anciennes républiques de l’ancienne Union soviétique.

Avril 2007. Manifestation du parti des Régions devant le Parlement À Kiev

Avril 2007. Manifestation du parti des Régions devant le Parlement À Kiev

Le 27 novembre, 1,5 millions de personnes se rassemblent dans le centre de Kiev et des manifestations ont lieu pendant plusieurs semaines dans tout le pays. Finalement, la cour suprême ukrainienne se résoud à annuler l’élection et faire revoter les Ukrainiens. Avec 51,9% des voix, Victor Iouchtchenko est élu de justesse nouveau président de l’Ukraine.

Les problèmes de l’Ukraine étaient cependant après cette révolution loin d’être résolus. Après de nombreuses crises gouvernementales, qui entraînèrent la démission de Ioulia Timochenko, et une crise économique de grande ampleur avec la Russie à propos du prix du gaz, de nombreux Ukrainiens désenchantèrent. Car le pays ne possèdent ni ressources naturelles importante, ni parc industriel moderne. L’agriculture n’est pas non plus des plus compétitives sur le marché international, et le tourisme n’en est qu’à ses balbutiements.

La population continue d’être divisée. Une partie reporte tous ses espoirs sur l’Union Européenne, qui certes encourage un certain rapprochement de l’Ukraine, mais ne l’aide pour l’instant pas suffisament. L’autre, composée principalement de russophones, est plutôt en faveur du fait de resserer les liens avec Moscou, qui n’est pas contre, lui permettant d’agrandir et de sécuriser sa sphère d’influence.

Il est encore trop tôt pour dire quel chemin prendra le pays dans les prochaines années et dans quelle direction l’Ukraine se développera.

L’indépendance: de la Glasnost et Perestroïka à la CEI

15/03/2010 à 10:47 | Publié dans Histoire de l´Ukraine | Laisser un commentaire
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Le 18 août 1992, des chars envahissent les rues de Moscou, et une troupe enivrée d’hommes âgés en uniforme déclarent l’état de siège. Le président Gorbatschov est arrêté dans sa résidence en Crimée. Il ne reste que quelques mois à l’Union soviétique qui vit ses derniers instants.

A Kiev, des panzers avaient également défilé dans les rues de Kiev, mais les dirigeants d’alors sous la conduite de Kravtchouk, tout comme l’opposition, misaient plutôt sur la carte nationale.

La Glasnost et la Perestroika voulues par Gorbatchov avaient en effet du mal à être imposées en Ukraine. Tcherbiski, l’un des derniers proches de Brejnev, dirigeait en effet la branche locale du parti d’une main de fer.

Les premiers troubles survinrent en 1986 avec la catastrophe de Tchernobyl, à la suite de laquelle fut créé le mouvement écologique populaire « le monde vert ». La même année, un comité de prêtres et de laïcs réclama qu’on rende ses lieux de culte à l’église uniate, et demanda même de l’aide au pape. Ceci marqua la fin du temps des répressions. Tcherbiski dut composer avec les mécontents et s’allia avec l’église orthodoxe d’Ukraine restée fidèle à Moscou. Mais ceci ne fit que gonfler les rangs du mouvement national ukrainien. Les adhérents du mouvement se référèrent aux événements des années 20 et au dégel ayant eu lieu sous Khroutchschov pour formuler leurs demandes. Ils exigèrent une ukrainisation de la langue, et une société, la « société Chevtchenko pour la langue ukrainienne » fut créée. De vieux tabous furent brisés, et certains événements historiques, comme la guerre civile, les famines et la terreur sous Staline furent débattus dans la sphère publique. Les portes des camps de travail commencèrent à s’entrouvrir, et d’anciens prisonniers politiques, comme Loukianenko ou Tchornovil, prirent la tête de groupes d’opposition.

La sécession d’une Ukraine indépendante n’était certes pas encore à l’ordre du jour, cependant des manifestations pour obtenir un statut indépendant furent organisées en Galicie dès 1988.

Un an plus tard, l’Union soviétique fut secouée par une série de grèves de mineurs, qui commencèrent en Sibérie, mais furent suivie également dans la région de Donetsk.

En septembre 1988, des cercles informels se réunirent en un seul et même « mouvement populaire ukrainien pour la Perestroïka », abrévé en RUCH. Lors des élections de mars 1990, celui-ci ravit 117 des 450 sièges du soviet suprême. La majorité était toujours composée de vieux cadres, cependant sous la conduite de Kravtchouk, qui avec reconnu les signes du temps et défendait lui-même en partie la cause nationaliste. C’est ainsi que l’ukrainien fut reconnu langue officielle, et, comme dans d’autres Républiques soviétiques, la souverainité de l’Ukraine fut déclarée, tout comme son désir de commander sa propre armée et de mener sa propre politique extérieure.

A l’intérieur, le combat entre l’opposition et la nomenklature bien établie continua. C’est ainsi qu’une grève étudiante poussa en octobre le premier ministre communiste à démissionner.

Lors d’un référendum en mars 1991, 70% des citoyens se prononcèrent pour le fait de rester dans l’Union soviétique. En même temps, ils étaient aussi d’accord pour la création d’une Ukraine autonome dans une union d’Etats souverains. De fait, l’Ukraine et la Russie s’étaient déjà reconnues mutuellement en novembre de l’année précédente en tant qu’Etats indépendants. Ce n’était donc pas étonnant que Kravtchouk bloque la proposition de Gorbatchov en faveur de la création d’une nouvelle Union des pays soviétiques.

Le putsch raté d’août met finalement fin à cette situation. Le parti communiste est dissout, une loi pour la création d’une armée ukrainienne est votée et l’indépendance déclarée. 90% des Ukrainiens approuveront les événements lors d’un référendum. Kravtchouk emporte les élections présidentielles avec 61% des voix. Suite à l’élection, le traité d’Union est révoqué et quelques jours plus tard est créée à Minsk la « Communauté des Etats Indépendants » (CEI). Plus personne ne s’occupe de Gorbatschiv. Celui-ci démissionne du poste de président d’un pays, qui de fait n’existe plus.

La grande famine (Holodomor)

15/03/2010 à 10:40 | Publié dans Histoire de l´Ukraine | Laisser un commentaire
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Monument à la mémoire des victimes de l'Holodomor

Des terres et la paix, avait promis Lénine aux paysans, afin de les enthousiasmer pour la révolution. Mais à la place de la paix tant promise, ce fut la guerre civile, et il fallut attendre également pour la terre.

La première famine eut lieu pendant la guerre civile. Des comités saisissent le blé pour l’armée et les villes. L’Ukraine n’est pas la seule à connaître la famine. Plus de 200 000 personnes fuient la région de la Volga vers l’ouest, pour ne trouver cependant qu’une faim encore plus grande. Malgré l’aide internationale, près d’un million de personnes mourront.

Puis, le régime soviétique s’assouplit, passant du « communisme de guerre » à la « nouvelle politique économique » (NEP), tolérant à nouveau une certaine liberté économique. Les obligations fiscales sont assouplies, au lieu de payer en nature, de l’argent circule de niveau pour payer les impôts. Il est à nouveau plus rentable de produire pour le marché.

Mais les entreprises produisent en général trop peu. Des plans agricoles irréalisables et de grands projets conduisent à nouveau au chaos. L’agriculture intensive n’est plus profitable.

Staline, qui à cette époque-là consolidait son pouvoir, savait comme la masse de paysans mécontents pouvait être dangereuse. En particulier quand une partie a déjà appris à négocier et à défendre ses intérêts. Ces paysans-là existaient et il fallait les éliminer. Collectivisation et liquidation des « koulaks » (propriétaires terriens) devinrent le mot d’ordre. A partir de 1930, les paysans ukrainiens furent obligés de travailler au kolkhose. Bien sûr, ils s’en défendaient, surtout les familles qui s’étaient enrichies, épine dorsale de la paysannerie. On les définit comme « koulaks », des parasites et des sangsues ennemies du peuple, qu’il fallait anéantir. C’est ainsi que furent déportés sans exception des millions de personnes. Hommes, femmes, jeunes, vieux, abandonnés le long des voies ferrées menant en Sibérie, chargés sur des péniches en direction de la mer polaire, et abandonnés à leur destin au milieu de nulle part dans la toundra.

Parallèlement, en 1931, les efforts de production demandés pour ceux restés en arrière augmentèrent. En 1939, une famille en Ukraine devait survivre avec seulement 83 g de blé par tête. La nouvelle économie collective était un désastre. Elle était conduite par des activistes politiques n’ayant souvent aucune compétence en la matière. Les véritables économistes étaient déportés, et ne pas obéir aux ordres était considéré comme du sabotage, puni par une peine d’emprisonnement dans un camp.

La faim fit à nouveau son apparition. L’Ukraine fut à nouveau particulièrement touchée. Dans les années 1932 et 33, jusqu’à la moitié de la population des villages du sud et de l’ouest succomba à la famine. Les villages étaient décimés. Il y eut des cas de cannibalisme. On estime aujourd’hui qu’entre 3 et 5 millions de personnes moururent lors de cette grande famine, cependant qu’on continuait à exporter le blé vers l’Europe. Mais non, il n’y avait pas de famine dans le pays heureux des ouvriers et des travailleurs.

Ensuite, il n’y avait plus de paysans, seulement des travailleurs du kolkhose. La grande famine du début des années 30 a beaucoup marqué le pays, et de nombreux monuments nous la rappellent.

Le monument situé au pied du cloître St Michel à Kiev, par exemple, ainsi que plusieurs croix élevées ces dernières années dans les villes ukrainiennes, interpellent le passant en lui rappelant la souffrance sans nom de millions de personnes. Le gouvernement ukrainien défend l’idée que cette catastrophe visait directement et consciemment le peuple ukrainien et parle donc de génocide. Cette thèse est cependant contestée par certains historiens.

La première guerre mondiale. L’Ukraine soviétique.

09/03/2010 à 15:59 | Publié dans Histoire de l´Ukraine | Laisser un commentaire
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La cimetiere in Lvov

La cimetière en Lviv

Au début du 20e siècle, les grands Empires font enfin face aux limites de leur expansion. Car tous les continents et pays sont peuplés, colonisés, soumis. Celui qui souhaite encore s’étendre se trouve dans l’obligation d’envahir un autre pays ou une partie d’un territoire étranger.

Les grands empires, pour parer à de telles éventualités, avaient donc conclu un écheveau compliqué de pactes d’assistance mutuelle et de non-aggression. L’empire allemand par exemple avait conclu un accord avec l’Empire Austro-hongrois, et à côté de cela également avec l’Italie, la Roumanie, la Bulgarie et la Turquie. Par ailleurs, la France avait conclu une alliance avec la Russie et l’Angleterre, qui elle-même était alliée au Japon et aux Etats-Unis d’Amérique.

Ce système d’alliance était tellement compliqué et fragile que le moindre incident pouvait suffire à faire s’écrouler ce château de carte et précipiter tous les protagonistes dans une guerre. Cet incident survint avec l’assassinat du prince héritier d’Autriche-Hongrie, Franz Ferdinand, le 28 juin 1914, à la suite duquel l’Autriche-Hongrie marcha sur la Serbie, elle-même protégée par un pacte d’assistance mutuel avec la Russie. Par cette action militaire à dimension régionale furent activées toutes les alliances existantes entre les pays, et les peuples furent précipités dans la guerre la plus meurtrière de notre histoire, la Première Guerre mondiale.

A ce moment-là, les Ukrainiens vivent dans deux pays. Une partie appartient à l’Autriche-Hongrie, l’autre à la Russie. Dans l’espoir de se voir attribuer après la victoire finale un territoire pour leur propre Etat, les « petits Russes » du côté russe se battent contre les tirailleurs ruthènes présents dans les rangs austro-hongrois.

L’assassinat du tsar russe en 1917 et la lutte pour le pouvoir qui s’ensuivit plongèrent l’ancien Empire russe dans le chaos. Ce chaos fut l’occasion pour les Ukrainiens de tenter de créer leur premier Etat indépendant, la « République populaire d’Ukraine » (RPU), qui déclara en 1918 son indépendance par rapport à l’Empire russe. Mais alors que les bolchéviques furent prompts à envoyer des troupes en Ukraine, les Ukrainiens se tournèrent vers les puissances occidentales en demandant protection et aide militaire par l’envoi de troupes autrichiennes et allemandes contre les bolchéviques. Lors des négociations du traité de paix de Brest-Litovsk, les Russes s’engagent à retirer leurs troupes d’Ukraine. C’est ainsi que fut constitué un premier Etat ukrainien indépendant, cependant occupé et administré par l’Allemagne, l’Autriche et la Hongrie.

En octobre 1918, les puissants Etats garants de l’Ukraine se disloquent. Le traité de Brest-Litovsk n’est plus considéré comme valable, et les troupes soviétiques marchent à nouveau sur Kiev. Les Polonais, à l’ouest, revendiquent une partie de l’Ukraine, mais n’obtiennent pas gain de cause. De nombreuses « Ukraines » sont formées, pour disparaître, certaines au bout de quelques jours, d’autres après plusieurs mois. L’Ukraine est plongée dans la guerre civile, et les combats se déroulent sur trois fronts, car les Alliés (France, Grèce et Roumanie) lancent eux aussi une intervention au sud par la mer Noire, pour soutenir l’armée « blanche » contre les bolchéviques.

Mais ceux qui luttent le plus âprement pour prendre le contrôle de l’Ukraine sont sans aucun doute les Soviétiques et les Polonais. Les Ukrainiens, quant à eux, n’ont pas abandonné l’idée de la création d’un Etat indépendant en collaborant avec les différentes forces d’occupation. En 1920, la Pologne et l’Union soviétique arrivent enfin à un accord de paix, par lequel ils se partagent l’Ukraine, L’Etat souverain ukrainien appartient désormais au passé. Ce qu’il en reste est, du côté soviétique, la « République soviétique ukrainienne », non pas un Etat souverain, mais du moins de par son nom un témoin non négligeable de l’existence d’une nation ukrainienne en soi.

L’émergence d’une conscience nationale ukrainienne

02/03/2010 à 17:08 | Publié dans Histoire de l´Ukraine | Laisser un commentaire
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Une conscience nationale ukrainienne

L'émergence d'une conscience nationale ukrainienne passa aussi par l'art

Après la fin de l’ère cosaque et le déclin de la Pologne-Lituanie, l’Ukraine dut faire face à de nombreux changements. De par les partages successifs de la Pologne en 1772, 1793 et 1795, des territoires jusqu’alors polonais revinent à l’Empire russe (Volhynie et Podolie) et à l’Empire des Habsbourg (Galicie orientale). Au départ, les changements étaient peu visibles pour la population, qui était en majorité composée de serfs: même si le royaume de Pologne n’existait plus, les seigneurs polonais continuaient à régner sur leurs terres, que ce soit dans les provinces devenues russes ou autrichiennes.

L’Ukraine russe

Dans les régions nouvellement acquises par les russes, on essaya tout d’abord d’intégrer la noblesse polonaise à la bureaucratie russe. Ceci changea du tout au tout après la révolte de 1830/31. Les nobles qui s’étaient soulevés contre Moscou virent leurs biens confisqués et envoyés en exil, l’administration fut russifiée et la langue administrative, qui était restée jusqu’alors le polonais, fut changée pour le russe. De nombreux monastères catholiques polonais furent fermés et en 1839 l’Eglise uniate fut interdite. Malgré toutes ces mesures, les Polonais et les Juifs, qui exerçaient souvent la profession de métayer ou de cafetier, gardèrent une place dominante dans la vie culturelle, économique et sociale.

En Ukraine orientale, la structure sociale resta inchangée. Mais Moscou maintint sa pression sur la noblesse et sur l’Eglise orthodoxe ukrainiennes ainsi que sur les Cosaques, jouissant depuis le début du 19e siècle du statut de „paysans étatiques“, les forçant à l’assimilation aux structures russes. Ceci fit perdre à ces derniers une partie de leur identité culturelle. Cependant, malgré leur russification, ce sont d‘eux que viendront plus tard les premiers prémices de la création d’une identité nationale ukrainienne.

Au 19e siècle, faisant écho à une tendance générale en Europe, des intellectuels venant de la noblesse ukrainienne et de la classe supérieure cosaque commencèrent à s’intéresser aux spécificités linguistiques et culturelles de l’Ukraine et initièrent le premier élan nationaliste ukrainien. Ils avaient pour but non seulement de faire l’inventaire des chansons populaires ukrainiennes et des épopées cosaques, mais aussi d’étudier les spécificités de la langue ukrainienne. De plus ils consacrèrent une partie de leurs recherches à l’établissement d’une histoire ukrainienne indépendante de celle enseignée par les Russes ou les Polonais. Les oeuvres du poète NikolaÏ Gogol, notamment les  „soirées du hameau près de Didanka“ ou „Mirhorod“, racontant le quotidien des paysans ukrainiens et des Cosaques et leur alliant des éléments fantastiques, furent un énorme succès.

L’homme qui fut le plus important pour le mouvement nationaliste ukrainien fut le fils d’un serf né dans les environs de Kiev, Tarass Chevtchenko (1814-1861), qui étudia à l’Académie d’Art de St Pétersbourg et se consacra plus tard à la poésie. On compte parmi ses oeuvres les plus significatives le recueil de poèmes ukrainiens connu sous le nom de „Kobzar“ (ménestrel), et son poème „Haïdamaky“ racontant la révolte des Haïdamakes (paysans et Cosaques ukrainiens) en 1867 contre le royaume de Pologne-Lituanie. Chevtchenko était membre du cercle littéraire Cyrille et Méthode, créée en 1845 par des universitaires kiéviens. A ce cercle, qui s’était dédié corps et âme à la cause nationale ukrainienne, appartenaient d’illustres personnalités comme l’historien Mykola Kostomarov, le poète et historien Panteliemon Koulitch, l’ethnographe Opanass Markovytch et le poète Vasile Bilozerski.

Pour le tsar, le mouvement nationaliste ukrainien représentait une menace grandissante. Des mesures rigoureuses à son encontre furent prises. On interdit le cercle Cyrille et Méthode et ses membres furent envoyés en exil. Contre Chevtchenko, qui, dans ses poèmes dénonçait les inégalités sociales en Ukraine et appelait à la révolte contre la force d’occupation russe, les mesures furent particulièrement sévères. Il fut obligé d’effectuer son service militaire dans un bataillon de la steppe kazakhe, fut enfermé en 1850 dans la forteresse de Novopetrovsk au bord de la mer Caspienne et fut interdit définitivement de séjour en Ukraine. Mais après la mort du tsar Nicolas 1er, les membres du cercle Cyrille et Méthode furent tour à tour amnistiés et recommencèrent à se rencontrer à St Pétersbourg.

En Ukraine même, d’autres cercles culturels (Hromady) sont formés, dont les membres s’intéressent à la pensée nationale et sont à l’initaitive de la création d’écoles ayant pour but la formation et l’éducation du peuple. Avec la révolte de 1863, initiée par la noblesse polonaise en Ukraine orientale, le mouvement nationaliste ukrainien prend de l’ampleur. Le but des Polonais était de rallier le peuple ukrainien à leur cause pour pouvoir s’élever ensemble contre l’occupation russe. Mais ils échouèrent dans cette tentative. La réaction du gouvernement tsariste ne se fit, elle, pas attendre. Ce fut une vague d’arrestations, suivies de confiscations de biens et d’exécutions. La répression de la révolte polonaise permit aux Russes de s’attaquer de front au problème du mouvement nationaliste ukrainien, qu’ils ne voyaient pas d’un très bon oeil depuis longtemps. Les Hromady furent dissouts, leurs membres envoyés en exil et leurs écoles fermées. Les écrits ukrainophones, à l’exception des belles-lettres, puis les représentations théâtrales en ukrainien et l’impression de chansons ukrainienne furent interdits par décision politique.

Même si les mesures prises par les Russes mirent un frein aux efforts pour créer une identitée nationale ukrainienne, il se trouva toujours des activistes, comme Volodomyr Antonovytch et Mykhaïlo Drahomanov, historiens à l’Université de Kiev, pour continuer le mouvement, jouant le rôle de véritables guides spirituels dans le dernier quart du 19e siècle.

L’Ukraine polonaise

En Galicie, appartenant à la monarchie habsbourgeoise, le mouvement nationaliste ukrainien s’implanta beaucoup plus tardivement que sur le territoire russe. Certes, un cursus de civilisation ruthène fut proposé dès 1887 à l’université de Lviv, institut philosophique et théologique spécialisé dans l’histoire et la culture ukrainiennes, et des cercles littéraires ukrainiens très actifs furent créés dès le début du 19e siècle, mais ce n’est qu’avec l’introduction d’un Etat constitutionnel autrichien, en 1861, accordant des parlements et des gouvernements locaux, que se renforça le sentiment national ukrainien dans la partie occidentale du pays. Les répressions grandissant à l’encontre des nationalistes ukrainiens du côté russe à la fin du 19e siècle, l’influence du mouvement nationaliste d’Ukraine occidentale augmenta de façon significative. C’est ainsi que fut publiée à Lviv en 1869 la première revue littéraire en ukrainien, ayant pour titre la « Pravda » (vérité), et des organisations nationales et des cercles de lecture ayant pour but l’éducation du peuple virent le jour. Le cercle Chevtchenko, traitant de thèmes liés à la culture ukrainienne sur le plan scientifique, fut créé en 1873, et joua un rôle non négligeable. Mais l’institution qui contribua le plus à la diffusion de l’idée nationaliste ukrainienne fut sans aucun doute de par ses différents réseaux l’église catholique orientale.

La motivation première du mouvement nationaliste ukrainien était de se différencier de la culture polonaise, dans laquelle avait baigné pendant des siècles l’Ukraine occidentale. De plus, une grande partie des partisans de ce mouvement voyaient en la Russie un partenaire et un protecteur. Avec la création du parti radical ruthéno-ukrainien, premier parti ukrainien fondé par le célèbre écrivain, ethnographe et historien Ivan Franko, des mouvances anticléricales et progressistes y trouvèrent également une place. Par leur initiative fut créé par la suite le parti national-démocrate, dont les adhérents comptaient principalement parmi les membres du clergé gréco-catholique, les proches du mouvement national-libéral et du parti socio-démocrate.

Si les russophiles jouèrent un rôle prépondérant lors des débuts du mouvement nationaliste ukrainien, ceci cessa bien vite au vu des succès obtenus dans la bataille contre l’influence polonaise au début du 20e siècle. Ces succès se reflétèrent dans la société par le nombre grandissant de parlementaires ukrainiens élus au parlement, par une économie de plus en plus prospère et par le nombre toujours plus élevé d’établissement scolaires ukrainiens.

Nous pouvons citer à titre d’exemple pour l’influence grandissante de la sphère ukrainophone dans le domaine scientifique les travaux de l’historien Mychajlo Hruschewsky, directeur de la chaire d’Europe orientale (mais de facto ukrainienne) et président du cercle littéraire Chevtchenko. Pendant sa mandature en tant que président, le cercle Chevtchenko publia environ 300 tomes voués à des sujets scientifiques. Lui-même écrivit une histoire de l’Ukraine en dix tomes.

Bogdan Khmelnitski – L’Hetmanat d’Ukraine

01/03/2010 à 10:25 | Publié dans Histoire de l´Ukraine | Un commentaire
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Bogdan Khmelnitski

Bogdan Khmelnitski

Il aurait pu couler des jours heureux jusqu’à sa mort, Bogdan Khmelnitski, scribe des Cosaques enregistrés et chef d’une unité de mercenaires au service de la Pologne-Lituanie. Né à Kiev vers 1595, il reçut une bonne éducation chez les Jésuites de Lviv. Sa première femme, Anna, lui donna cinq enfants. Ils s’étaient mariés après que le jeune Cosaque eût passé deux ans en captivité chez les Tatars. C’est ainsi que Khmelnitski avait appris leur langue, leurs coutumes et leur manière d’appréhender le monde, choses qui lui furent bien utiles par la suite.

Khmelnitski connaît ainsi très bien les trois cultures qui s’entremêlent et parfois s’opposent au début des temps modernes dans cette région frontalière: la Pologne-Lituanie catholique, le monde des Cosaques baigné d’Orthodoxie et le Khanat des Tatars de Crimée, influencé par le monde ottoman.

Après la mort d’Anna, Khmelnitski vécut sur ses terres avec la quelque peu volage Helena. Ils ont un fils, qui a dix ans, tandis que son père en a cinquante.

Dans la première moitié du 16e siècle, la pression de la double monarchie Pologne-Lituanie s’était intensifiée à l’endroit des Cosaques libres, des serfs paysans et des orthodoxes en général. Des privilèges bien ancrés avaient été abolis, le Registre, et donc le nombre de Cosaques libres, amoindri, et des familles libres réduites en esclavage. Une première révolte en 1637/38 fut matée dans un bain de sang. Ça bouillonne en Ukraine, la situation est explosive, mais il manque encore un leader digne de ce nom pour qu’une véritable révolution prenne corps.

Puis, la réalité rattrape Bogdan Khmelnitski dans sa vie jusqu’alors paisible. Un magnat polonais convoite ses terres, un autre profite de son absence pour s’y introduire. Sa femme est enlevée, leur fils tué, et la ferme est ravagée par les flammes.

Khmelnitski, jusqu’alors serviteur fidèle du souverain polonais perd tout dans l’affaire. Il se rend au Sitch saparogue, pour rencontrer les Cosaques libres, leur parle et les convainc. De nouvelles alliances se créent, tandis que les anciennes se renforcent. Un accord est conclu avec le Khan des Tatars de Crimée Islam-Girei. Le 19 avril 1648, la Rada composée de 8000 Cosaques élit Bogdan Khmelnitski nouvel Hetman et proclame le début de l’insurrection.

Quelques jours plus tard, 3000 hommes se lancent dans la bataille. Des serfs et des paysans se joignent à eux et ils remportent leur première victoire, au nord de Krivoi Rog au lieu-dit « les eaux jaunes », sur les troupes polonaises épaulées des Cosaques enregistrés. Ces derniers finalement tueront leur chef Barabach et passeront du côté de Khmelnitski. Dix jours seulement après cet affrontement, les troupes de Bogdan Khmelnitski remportent une nouvelle bataille, à Koursoun (aujourd’hui Korsoun-Chevtchenkovski). A Bila Zerkva, l’Hetman lance un appel à rejoindre ses troupes, et les gens accourent par centaines. Tout le pays, de l’Ukraine à l’actuelle Biélorussie, tombe dans la révolte. Terres et villages brûlent, et des combats sanglants font rage.

Cependant, ils n’y a pas que des terres qui brûlent. Des pogroms eurent lieu à cette époque, dans lesquels moururent plus de 10 000 juifs, qui exerçaient à cette époque très souvent les métiers d’intendants des biens pour les seigneurs polonais, de commerçant et de prêteur sur gage. Pour les Cosaques et paysans au paroxysme de leur haine, c’étaient des proies plus que faciles. La manière de vivre des juifs, différente, et l’ansitémitisme chrétien traditionnel firent le reste. Ce fut le début d’une longue suite de pogroms, qui se prolongea jusqu’au 20e siècle.

A la mort du roi Vladislav, la Pologne perd son unité politique. Une armée de bien 40 000 hommes, mais désunie et sans réel leader, se dirige à la rencontre des insurgés. Les officiers polonais espèrent secrètement une chasse à l’homme et une victoire facile. Ce fut tout le contraire qui se produisit. Les troupes victorieuses de Khmelnitski prirent une bonne centaine de canons polonais et les voitures de la suite des nobles cavaliers.

L’entrée de l’Hetman dans Kiev fut triomphale. Mais la proposition d’alliance faite par les Cosaques fut pourtant officiellement refusée par le tsar, les Russes ne se sentant pas encore assez forts pour entrer en guerre ouverte avec la Pologne. Officieusement, les Russes aident au ravitaillement des Cosaques et leur livrent du blé, de la poudre et du plomb.

Un nouveau roi polonais monte sur le trône début octobre. Durant l’hiver, des négociations de paix sont tenues à Pereslav, mais Khmelnitski refuse la proposition du roi Casimir, qu’il juge insuffisante. Suite à cela, Bogdan Khmelnitski est déclaré ennemi public et sa tête est mise à prix: 10 000 Zloty. Pendant ce temps, les troupes polonaises commencent à reculer et à se retrancher à l’ouest. C’est durant l’été 1649 que se déroula une nouvelle bataille importante, la bataille de Sboriv, entre Lviv et Ternopil.

Cette fois-ci, les Cosaques furent trahis par les Tatars. L’Hetman se voit contraint d’interrompre le combat et de rendre les armes. Le nouveau traité de paix proposé par les Polonais est clément, bien plus clément que celui de Pereslav: amnisitie pour tous, liberté de culte, pas de troupes polonaises postées en territoire cosaque et un registre de 40 000 Cosaques: deux fois plus qu’à Pereslav.

Cependant, finalement, personne n’est satisfait et les deux parties s’arment rapidement pour une nouvelle guerre.

La Pologne n’a aucun problème à trouver des soldats pour combattre sous ses drapeaux. C’est justement la fin de la guerre de 30 ans et de nombreux anciens soldats désoeuvrés sont prêts à s’engager comme mercenaires. Khmelnitski, lui, enregistre de plus en plus de Cosaques.

Dans la nuit du 9 au 10 février 1651, l’armée polonaise passe à l’attaque. La bataille décisive a lieu à Berestetchko, au sud de Lutsk. A nouveau, les Tatars trahissent l’Hetman, et le font prisonnier, tandis que les troupes cosaques réussissent à s’échapper et à gagner la steppe sous la conduite de Bogun. Kiev est prise par les Polonais.

Suite à cette défaite, et ce jusqu’en septembre, Khmelnitski disparaît de la scène politique. C’est à cette époque qu’Helena, la seconde femme de Khmelnitski, est assassinée.

Puis il réapparaît pour la signature de la paix de Bila Zerkva, par laquelle les Cosaques perdirent de nombreux acquis. La guerre est arrivée à un point mort. Le peuple semble épuisé, exsangue. Les combats continuent cependant mollement çà et là. En mai 1652, par exemple, les insurgés remportent une bataille à Batog. L’été de l’année suivante, un seigneur polonais envahit à nouveau le sud de l’Ukraine, et les Cosaques entrent en pourparlers avec Moscou. Cette fois-ci, les Russes sont d’accord de conclure une alliance. Les négociations durent jusqu’à octobre, et le 23 de ce même mois, l’Empire russe entre en guerre contre la Pologne. Les Russes n’étaient certes pas encore tout à fait prêts et auraient bien attendu encore une année afin de s’armer correctement, mais ni les Polonais, ni leurs alliés tatars ne s’en doutent. Finalement, les deux armées s’observent, puis se retirent sans même s’être affrontées.

Au début de l’année 1654, la Rada siège à Pereslav. Le tsar accorde à un registre de 60 000 Cosaques ukrainiens les mêmes droits qu’aux autres Cosaques de l’Empire, ceux du Don et de l’Oural, et leur garantit la liberté de culte. L’hetmanat de Khmelnitski, sur la rive gauche du Dniepr, et Kiev inclu, devient ainsi de jure une province russe. L’Ukraine occidentale, par contre, reste sous contrôle polonais.

Le 21.07.1657, l’Hetman Bogdan Khmelnitski se retire de ses fonctions et meurt peu après. C’est la haine de la Pologne qui lui a donné une raison de vivre si longtemps. Sept ans plus tard, lors d’une nouvelle invasion polonaise, sa tombe sera profanée, et ses restes donnés en pâture aux chiens. Finalement, les Polonais réussirent à avoir leur vengeance.

L’ Etat cosaque (Hetmanat)

27/02/2010 à 14:29 | Publié dans Histoire de l´Ukraine | 2 commentaires
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Un hetman (ataman ou otaman)

Un hetman (ataman ou otaman)

Au 15e siècle, le territoire ukrainien était occupé par deux grandes puissances. La plus grande surface faisait partie de la République des Deux-Nations, la Pologne-Lituanie. Les descendants de la Horde d’Or, les Tatars de Crimée, eux, régnaient sur le sud et l’est du pays. Leurs razzias à répétition conduisirent au quasi dépeuplement de la partie est de l’Ukraine. La partie ouest était également sujette aux expéditions initiées par le Khanat de Crimée, ce qui faisait que le royaume de Pologne-Lituanie, excepté à l’emplacement de quelques rares forteresses frontalières, n’offrait que très peu de résistance aux Tatars. En raison de cette insécurité permanente, la population ukrainienne se déplaça vers l’ouest du pays et les villages de la partie steppique du pays furent laissés à l’abandon.

C’est dans ces steppes fertiles, riches en poisson et en gibier, parsemées d’îlots, et où le Dniepr se ramifie en cascades et en petits cours d’eau, que s’établirent à la fin du 15e siècle paysans ukrainiens fuyant les conditions de vie difficiles et la servitude, aventuriers et déserteurs tatars, qui se regroupèrent en communautés armées (Vatages). Ils utilisaient des bateaux spéciaux, les tchaïki, et leurs chevaux pour faire des razzias dans les campagnes environnantes. Le terme de Cosaques, employé pour les définir, vient à l’origine de la langue tatare et signifie « guerriers libres ». Les Cosaques construisirent assez rapidement une forteresse sur l’île Khortytsa, qui devint l’un de leurs principaux bastions pour repousser les Tatars. Celle-ci servit de modèle à la forteresse de « derrière les rapides », le Sitch saparogue, construit dans la deuxième moitié du 16e siècle par Dmytro Vychnevetski.

Les Cosaques vivaient de razzias, dont les victimes étaient au départ des marchands ou des éleveurs de bestiaux tatars. Ils revendaient ensuite leur butin dans les villes. Au fil du temps, les Cosaques s’avancèrent de plus en plus à l’intérieur du territoire tatar. Il est avéré qu’ils parvinrent, avec leurs esquifs rapides et très maniables, les tchaïki, à traverser la mer Noire et même à atteindre Constantinople, où ils répandirent la terreur parmi la population.

Les Cosaques étaient organisés de manière très démocratique. La plus haute instance était l’Assemblée des Cosaques, également appelée Kolo (ronde). Lors de son rassemblement n’étaient pas seulement élus les officiers et le chef des Cosaques, l’hetman, mais ce conseil faisait également office de tribunal. L’hetman jouissait de nombreux droits, dont celui de vie et de mort sur ses sujets. Chaque Cosaque lui devait fidélité absolue. Cependant, l’hetman (aussi getman) pouvait être destitué par le Kolo.

L’Union de Lublin de 1569 et la main-mise de la Pologne sur de nombreux territoires de la future Ukraine signifia une réorganisation territoriale un nouveau déplacement de population vers les steppes orientales. Le roi polonais Etienne Báthory était à ce moment-là pleinement conscient du rôle que pouvaient jouer les Cosaques dans la stabilisation des zones frontalières. Il jugea d’autant plus sage, pour des raisons de politique intérieure, au vu de leur réputation de mercenaires épris de leur liberté, de rallier les Cosaques à sa cause. C’est ainsi qu’il lia à l’Etat un contingent restreint de Cosaques bénéficiant de privilèges particuliers en échange de leur loyauté, les fameux Cosaques Enregistrés.

Par la suite, l’attribution de terres à de gros propriétaires terriens polonais et la réorganisation de l’administration de l’Ukraine devait en accélérer la polonisation. Les paysans, qui vivaient jusqu’alors librement, furent réduit en esclavage, et l’on encouragea l’assimilation des classes supérieures à l’Etat polonais. La catholicisation de l’Ukraine, dont la lutte contre la foi orthodoxe était partie intégrante, semble en avoir été l’une des étapes les plus significatives. Ceci mena au fait que des personnes d’origines de plus en plus diverses se joignirent aux Cosaques, cependant qu’un sentiment anti-polonais de plus en plus affirmé grandissait au sein de la population. Ceci conduisit à de nombreuses tensions et affrontements, dont la rébellion de l’Hetman Bogdan Khmelnitski en 1648 fut l’apogée. Cet événement est considéré aujourd’hui par les Ukrainiens comme le mythe fondateur de la Nation. Car lors de cette rébellion, Khmelnitski lança un appel pour la création d’un Etat cosaque indépendant.

Dans la période qui suivit, les Cosaques conclurent plusieurs alliances afin de préserver leur indépendance. Ils s’allièrent à l’Empire Ottoman face à la Pologne (Berestetchko), combattirent aux côtés des Russes, également contre les Polonais, et se lièrent à eux en 1654, le traité de Pereyaslav stipulant le rattachemant de l’hetmanat ukrainien à Moscou. Du côté russe, on considère cette date comme celle de la réunification de deux Etats séparés, existence provoquée par la fin de la Russie kiévienne au 13e siècle, et l’intégration de l’Ukraine à la Russie.

Cependant, la situation ne s’améliora pas pour autant en Ukraine. Les tensions ne cessèrent qu’en 1686 avec la Paix d’Andrusovo, par laquelle l’hetmanat devait être séparé en deux. La partie située sur la rive gauche du Dniepr comprenant Kiev et le Sitch saparogue revinrent à Moscou, tandis que la partie orientale de l’Ukraine fut cédée à la Pologne-Lituanie. Le partage de l’hetmanat signifia la fin d’un Etat cosaque unifié. Malgré de nombreuses révoltes de Cosaques d’un côté comme de l’autre du Dniepr, cette division semblait irremédiable. Polonais, Russes, Tatares et Cosaques continuèrent à se combattre tout au long des années 70 du 17e siècle, ce qui provoqua un exode massif de la population de l’est à l’ouest du Dniepr. Les privilèges accordés aux Cosaques par l’une ou l’autre des puissances dominantes se voyaient en règle générale rapidement révoqués, ce qui poussa ces derniers à changer constamment d’alliés.

La seule solution pour les Cosaques afin de continuer d’exister était donc d’essayer de réunifier le pays. C’est ce que chercha à faire Ivan Mazepa, élu en 1687 Hetman d’Ukraine occidentale. Il commença par se battre aux côtés de Pierre le Grand contre les Suédois lors de la Guerre du Nord. Puis, fort du soutien du futur empereur russe, il réussi à réunifier une dernière fois les deux hetmanats. Malheureusement, ce qui paraissait être au départ une coopération fructueuse se dégrada très rapidement. Car dans le Grand Empire Russe moderne et hypercentralisé imaginé par Pierre le Grand, la démocratie cosaque n’avait pas sa place. De plus, les guerres menées par les Cosaques du temps de Pierre le Grand montraient qu’ils avaient perdu de leur puissance militaire. Leur soutien n’était donc plus aussi intéressant stratégiquement aux yeux des Russes. La pression grandit, tandis que la justification des privilèges des Cosaques était de plus en plus remise en question. Mazepa profita de l’occasion pour revenir à la politique de bascule habituelle aux Cosaques, et s’allia aux Suédois, qui envahirent le territoire russe en 1708. Pierre le Grand, furieux, fit pendre un portrait de Mazepa à une potence, fit raser sa maison et le fit excommunier par l’Eglise orthodoxe. Le corps des Cosaques était partagé. Une partie continua à combattre aux côtés des Russes, tandis qu’un nombre de plus en plus restreint restait fidèle à l’hetman, toujours allié aux Suédois. La bataille décisive se déroula à Poltova durant l’été 1709. Les forces suédoises, épaulées des 3000 Cosaques de Mazepa, furent écrasées par les troupes russes. Ivan Mazepa mourut peu après en exil.

Pierre le Grand restreignit par la suite l’autonomie de l’hetmanat et fit en sorte de l’intégrer à la structure administrative russe. Les Cosaques du Sitch saparogue fuirent vers le nord de la Crimée, vers les territoires contrôlés par les Ottomans, et s’installèrent à Olechki (aujourd’hui Tsiouroupinsk), à l’embouchure du Dniepr sur la mer Noire. En 1925, après la mort de Pierre le Grand, et ce jusqu’au début du règne de Catherine II, les Cosaques bénéficièrent à nouveau de certains de leurs privilèges. Mais Catherine II avait en tête de continuer l’oeuvre de Pierre le Grand et de faire de l’Empire russe un Etat centralisé. A ses yeux, l’hetmanat cosaque n’était pas compatible avec la structure nouvelle de l’Empire. Elle dissolut donc l’hetmanat. Ce n’était malheureusement que la première étape. Après sa victoire sur l’Empire Ottoman an 1774, qui lui permit d’annexer le khanat de Crimée, l’Ukraine cessa d’être une région frontalière, et l’impératrice se posa la question de l’utilité stratégique future des Cosaques pour la Russie. En 1781, la réforme administrative voulue par Catherine II fut mise en application sur la rive ouest du Dniepr. En l’espace de deux ans, tous les régiments cosaques furent démantelés et intégrés à l’armée russe. L’hetmanat avait bel et bien disparu.

Même les Cosaques-saparogues n’échappèrent pas à ce destin. Eux qui étaient pourtant revenus au sein de l’Empire russe après la mort de Pierre le Grand furent déportés à la fin des années 70 et leur hetman fut banni et enfermé au monastère de Solovki au bord de la mer Blanche, connu pour ses conditions de détention particulièrement sévères.

L’histoire bicentennaire du Sitch saparogue trouva ici sa fin. Les Cosaques qui réussirent à s’échapper trouvèrent refuge dans la région du Don, de Kouban et le long des côtes de la mer Noire.

Galicie-Volhynie

27/02/2010 à 14:19 | Publié dans Histoire de l´Ukraine | 2 commentaires
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Galicie-Volhynie

Galicie-Volhynie

En 996, le prince Mieszko se convertit au christianisme et fonda le royaume de Pologne ayant pour capitale Gniezno (Gnesen). A cette première ébauche d’un Etat polonais appartenait également le territoire situé entre le Bug et le San, affluent du Vistule. C’est cette région-là que conquit le prince kiévien Vladimir en 981. Dans la première moitié du 11e siècle, ce territoire changea deux fois de mains, jusqu’à ce que les descendants de Valdimir Monomaque en fassent leur base principale dans leur combat pour conquérir Kiev. Cette période, où la région fut mise à feu et à sang s’acheva au 12e siècle avec le règne de Roman Mstislavitch (1173-1205), prince kiévien, qui réussit à consolider son pouvoir et à étendre son influence plus au sud.

Pendant ce temps-là, plus au sud, aux pieds des Carpates, les Rostislavitch, une famille de la haute noblesse de Novgorod, tentait également d’établir son pouvoir. La Rus’, quant à elle, avait certes conquis au nord des territoires polonais, mais entra en conflit à l’ouest avec la Hongrie. De l’Est déferlèrent de plus des hordes mongoles.

La Pologne, la Hongrie, les Mongols ainsi que les différentes familles de la haute noblesse convoitant Kiev déterminèrent l’histoire de cette région du nord de l’Ukraine, à laquelle on donna le nom de Galicie-Volhynie. Bien que ce territoire ait été depuis toujours une région frontalière, les historiens d’aujourd’hui y voient les racines de la nation ukrainienne.

Pendant que la Volhynie perdait de son inflence, en Galicie, les princes Vladimir Volodarevitch (1141-1153) et Yaroslav Osmomysl (1153-1187) réussirent à conclure avec succès différentes alliances successives avec la Hongrie, la Pologne et la Rus’, ce qui permit de consolider leur pouvoir. Cependant, après la mort d’Yaroslav, dont les exploits étaient déjà chantés dans le Dit de l’Ost d’Igor, ses descendants, les souverains de Pologne, Hongrie ainsi que de la nouvelle principauté de Volhynie, Roman Mstislavitch, se disputèrent sa succession. En 1199, le prince Roman réussit à unifier les deux territoires en une seule principauté. Mais la région était toutefois loin d’être stabilisée, et cela notamment à cause de l’arrivée de hordes mongoles.

Daniel, le fils et héritier de Roman, fut comme beaucoup d’autres princes slaves obligé de se plier au joug mongol et de prêter serment de fidélité au Khan de la Horde d’Or. Une alliance avec Rome ne permit pas de renverser la situation, mais entraîna le couronnement de Daniel en tant que roi, ce qui le mit sur un pied d’égalité avec le roi de Hongrie, qui avait lui aussi des vues sue le trône de Galicie-Volhynie.

La politique de colonisation mise en œuvre par Daniel eut un impact très important sur l’histoire de la région. Il favorisa l’établissement d’Allemands, d’Arméniens et de Juifs, ce qui marqua le commencement de la diversité culturelle spécifique à l’Ukraine occidentale. Le fils de Daniel, Léon (1264-1301) fonda à l’emplacement d’une forteresse de son père la cité de Lviv (Lemberg), et agrandit la principauté jusqu’à Lublin.

Cependant, ce petit pays ne pouvait tenir longtemps face à l’appétit des grandes puissanes voisines, la Hongrie, la Pologne et la Lituanie. Casimir III de Pologne s’empara en 1349 de la partie nord du territoire. La Pologne et la Lituanie se disputèrent la région jusqu’à ce que le Grand Prince lituanien Yagiello prenne pour épouse la princesse polonaise Yadviga, ce qui conduisit à la réunification des deux royaumes. L’histoire de la « petite Russie » y trouva ici sa fin.

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