L’entre-deux-guerres
09/03/2010 à 16:05 | Publié dans Histoire de l´Ukraine | Laisser un commentaireMots-clefs : églises, déplacement forcé de population, famine, Kiev, République soviétique ukrainienne, russification
Pour une partie de l’Ukraine, celle des Carpates ukrainiennes, partie intégrante de la Tchécoslovaquie à cette époque-là, s’ensuivit une période de paix et de prospérité. Cette paix sera en grande partie due à la masse de créances irrécouvrables que l’Empire Austro-hongrois dut rendre à la Tchécoslovaquie. Le gouvernement à Prague encouragea le développement culturel et économique de cette région reculée, et aida à la création notamment d’écoles ukrainienne, ce qui mena au développement de la société civile et à la création de partis politiques. La Tchécoslovaquie étant rayée de la carte par le traité de Munich en 1938, ce sont les Hongrois qui annexent les Carpates ukrainiennes, jusqu’à l’invasion soviétique en 1944.
En Pologne, les Ukrainiens représentent en nombre la minorité la plus importante, et ont donc l’occasion d’être représentés autant sur le plan culturel que politique. Des associations à but culturel et éducatif voient le jour, comme « Prosvita » (les Lumières) et « Ridna Skola » (l’école de la patrie) et forment un nouveau réseau éducatif à travers tout le pays. Des partis politiques ukrainiens défendent les intérêts des Ukrainiens au parlement. Cependant, les Polonais cherchent clairement à garder la main sur l’administration de ce territoire nouvellement acquis, et à imposer le catholicisme romain comme foi dominante. L’Ukraine polonaise se développe, mais son caractère profondément rural est un frein à un boom économique. Ces années de paix prennent fin avec le pacte germano-soviétique. Les troupes soviétiques envahissent la Galicie et la Volhynie en 1939, et ces deux régions faisant jusqu’alors part de la Pologne occidentale sont rattachées à la République soviétique ukrainienne.
Les parties de l’Ukraine actuelle revenant à la Roumanie, la Bukovina et la Bessarabie, avaient, elles, beaucoup moins de chances d’arriver à s’affirmer. La politique très rigide menée par Bucarest vis-à-vis de ses minorités nationales visait à assimiler complètement la population des nouvelles régions à la nation roumaine. C’est ainsi que les écoles ukrainiennes furent fermées ou roumanisées, la roumain fut introduit comme seule langue officielle et les journaux et associations culturelles ukrainiens furent interdits.
En Ukraine soviétique, les bolchéviques se concentrèrent sur l’adaptation de l’agriculture aux besoins de l’Union. Aussitôt après leur prise de pouvoir, ils mirent sur pied des commandos de réquisition passant dans les villages et confisquant aux paysans tout ce qui avait de la valeur. Ceci conduisit à des révoltes paysannes. Les champs furent délaissés, les récoltes mauvaises, et des dizaines de milliers de gens moururent dans la famine qui s’ensuivit. Ce ne fut qu’après plusieurs années, lorsque les bolchéviques assouplirent leur politique et laissèrent aux paysans également de quoi subsister et vendre sur les marchés, que la situation se décanta.
Pour rendre les habitants des régions nouvellement acquises plus concilliants, l’administration soviétique leur accorde une certaine autonomie culturelle, notamment par le fait de pouvoir conserver leur propre langue. La langue ukrainienne fut ainsi revalorisée, utilisée pour la première fois officiellement dans des écrits juridiques et économiques. En société, dans les écoles et les universités, l’utilisation de la langue ukrainienne est encouragée. Résultat de la collectivisation des terres et de l’industrialisation, l’ukrainien est redécouvert jusque dans les villages les plus reculés. Le nombre d’habitants ukrainophone augmente considérablement, car cette langue est parlée de plus en plus en Ukraine occidentale, et également par d’autres minorités de la République soviétique ukrainienne, qui la parlent parallèlement à leur langue maternelle.
La situation change radicalement au début des années 30. La prise de pouvoir par Staline signifie la chasse aux sorcières dans les propres rangs des soviétiques, la chasse aux « ennemis », auxquels appartiennent naturellement les nationalismes des Républiques soviétiques, dont l’autonomie est dans la foulée considérablement réduite. Car le nationalisme des petites nations fait ombre à la vision de la grande idée soviétique. La guerre est à nouveau déclarée à la culture ukrainienne. Les cours sont à nouveau donnés en russe, à vrai dire, tout le monde parle russe dans la sphère publique. Les hommes politiques, économistes, artistes et professeurs qui tentaient auparavant de promouvoir la langue ukrainienne sont révoqués ou démissionnent eux-même. Les purges de 1937, signifiant déportation, exil, exécutions, déciment les rangs de l’intelligentsia ukrainienne, qui trouvent des remplaçants dans les rangs russes. Les églises sont fermées, pillées, réutilisées à des fins profanes, ou sont détruites. En Ukraine occidentale, transformé progressivement en grand centre industriel, ce sont des ingénieurs et des ouvriers russes qui s’installent, apportant avec eux leur langue et leur culture, accélérant la russification de la région. Les années 30 sont aussi le théâtre de la terreur du régime envers les paysans pour les pousser à la collectivisation et étatisation forcée du secteur agraire, provoquant une famine aux dimensions inimaginable, l’Holodomor.
Dans tous les territoires revenant aux mains des soviétiques par traités ou annexions se déroule le même scénario fait d’emprisonnement, déportation, exécution des têtes pensantes, et de collectivisation forcée.
La grande terreur dura jusqu’au début des années 40. Elle apporta le malheur pour des millions de familles et priva le pays d’une grande partie ses hommes et femmes les plus compétents. Dans les années qui suivent Staline se trouve aux commandes d’un appareil étatique bien roué, s’appuyant sur des bureaucrates bien mis au pas et souvent incompétents, les apparatchiks. L’Ukraine ne s’en est jusqu’à aujourd’hui pas encore tout à fait relevée et il est bien dur de changer les réflexes d’obséquiosité d’incompétence et d’absence de responsabilité dans les mentalités.
De nombreux déplacements forcés de populations allemandes et polonaises d’Ukraine au Kasakhstan eurent lieu entre 1936 et 1940, afin d’éloigner d’éventuels sympathisants nazis des futures zones de combat. Car Staline le sait : ce n’est qu’une question de temps avant que les Allemands, qui occupent de nouveau la France, le Bénélux et la moitié de l’Europe de l’Est, attaquent l’Union soviétique.
La première guerre mondiale. L’Ukraine soviétique.
09/03/2010 à 15:59 | Publié dans Histoire de l´Ukraine | Laisser un commentaireMots-clefs : églises, histoire, Kiev, première guerre mondiale, République populaire d’Ukraine, République soviétique ukrainienne, traité de Brest-Litovsk, Ukraine
Au début du 20e siècle, les grands Empires font enfin face aux limites de leur expansion. Car tous les continents et pays sont peuplés, colonisés, soumis. Celui qui souhaite encore s’étendre se trouve dans l’obligation d’envahir un autre pays ou une partie d’un territoire étranger.
Les grands empires, pour parer à de telles éventualités, avaient donc conclu un écheveau compliqué de pactes d’assistance mutuelle et de non-aggression. L’empire allemand par exemple avait conclu un accord avec l’Empire Austro-hongrois, et à côté de cela également avec l’Italie, la Roumanie, la Bulgarie et la Turquie. Par ailleurs, la France avait conclu une alliance avec la Russie et l’Angleterre, qui elle-même était alliée au Japon et aux Etats-Unis d’Amérique.
Ce système d’alliance était tellement compliqué et fragile que le moindre incident pouvait suffire à faire s’écrouler ce château de carte et précipiter tous les protagonistes dans une guerre. Cet incident survint avec l’assassinat du prince héritier d’Autriche-Hongrie, Franz Ferdinand, le 28 juin 1914, à la suite duquel l’Autriche-Hongrie marcha sur la Serbie, elle-même protégée par un pacte d’assistance mutuel avec la Russie. Par cette action militaire à dimension régionale furent activées toutes les alliances existantes entre les pays, et les peuples furent précipités dans la guerre la plus meurtrière de notre histoire, la Première Guerre mondiale.
A ce moment-là, les Ukrainiens vivent dans deux pays. Une partie appartient à l’Autriche-Hongrie, l’autre à la Russie. Dans l’espoir de se voir attribuer après la victoire finale un territoire pour leur propre Etat, les « petits Russes » du côté russe se battent contre les tirailleurs ruthènes présents dans les rangs austro-hongrois.
L’assassinat du tsar russe en 1917 et la lutte pour le pouvoir qui s’ensuivit plongèrent l’ancien Empire russe dans le chaos. Ce chaos fut l’occasion pour les Ukrainiens de tenter de créer leur premier Etat indépendant, la « République populaire d’Ukraine » (RPU), qui déclara en 1918 son indépendance par rapport à l’Empire russe. Mais alors que les bolchéviques furent prompts à envoyer des troupes en Ukraine, les Ukrainiens se tournèrent vers les puissances occidentales en demandant protection et aide militaire par l’envoi de troupes autrichiennes et allemandes contre les bolchéviques. Lors des négociations du traité de paix de Brest-Litovsk, les Russes s’engagent à retirer leurs troupes d’Ukraine. C’est ainsi que fut constitué un premier Etat ukrainien indépendant, cependant occupé et administré par l’Allemagne, l’Autriche et la Hongrie.
En octobre 1918, les puissants Etats garants de l’Ukraine se disloquent. Le traité de Brest-Litovsk n’est plus considéré comme valable, et les troupes soviétiques marchent à nouveau sur Kiev. Les Polonais, à l’ouest, revendiquent une partie de l’Ukraine, mais n’obtiennent pas gain de cause. De nombreuses « Ukraines » sont formées, pour disparaître, certaines au bout de quelques jours, d’autres après plusieurs mois. L’Ukraine est plongée dans la guerre civile, et les combats se déroulent sur trois fronts, car les Alliés (France, Grèce et Roumanie) lancent eux aussi une intervention au sud par la mer Noire, pour soutenir l’armée « blanche » contre les bolchéviques.
Mais ceux qui luttent le plus âprement pour prendre le contrôle de l’Ukraine sont sans aucun doute les Soviétiques et les Polonais. Les Ukrainiens, quant à eux, n’ont pas abandonné l’idée de la création d’un Etat indépendant en collaborant avec les différentes forces d’occupation. En 1920, la Pologne et l’Union soviétique arrivent enfin à un accord de paix, par lequel ils se partagent l’Ukraine, L’Etat souverain ukrainien appartient désormais au passé. Ce qu’il en reste est, du côté soviétique, la « République soviétique ukrainienne », non pas un Etat souverain, mais du moins de par son nom un témoin non négligeable de l’existence d’une nation ukrainienne en soi.
Kiev (Kiew, Kyiv), la capitale de l’Ukraine
02/03/2010 à 12:02 | Publié dans A propos de l´Ukraine - l'Ukraine centrale | 7 commentairesMots-clefs : boire, Kiev, kiew, kyiv, manger, Ukraine
Ceux qui aiment des villes comme Prague ou Budapest vont adorer Kiev. Cette métropole sur la rive droite du Dniepr, devint la capitale de de la Russie kiévienne en 882 après sa conquête par le prince varègue Oleg, escendant des Riurik. Déjà à l’époque, Kiev était une ville très peuplée. Et c’est ainsi que cette ville, dont le nom fut cité pour la première fois en 559, devint la mère de toutes les villes russes.
A la fin du 10e siècle, le prince Vladimir proclama le christiaisme religion d’Etat et fit jeter dans le Dniepr les statues du dieu païen Péroune jusqu’alors vénéré. Kiev en tant que capitale du premier royaume slave de l’ouest prospéra jusqu’en 1240. Ensuite, comme de nombreuses cités russes, kiev fut soumise au joug Mongol qui dura quatre siècles. La ville fut ensuite, au 17e siècle, temporairement sous contrôle polonais, puis russe, avec le traité de Pereyaslav, et en 1708 devint la capitale de la région.
La ville de Kiev, qui comptait au 19e siècle déjà 2.500.000 habitants, connut elle aussi un essor industriel important à cette époque. Pendant la révolution et la guerre civile, la ville fut prise et reprises par les différents protagonistes. Ce furent les Rouges qui l’emportèrent finalement, et qui firent de Kiev la capitale de la République soviétique ukrainienne. En septembre 1941, après de durs combats qui retardèrent considérablement sa marche sur Moscou, Hitler s’empara de la ville. Libérée en novembre 1943, la ville fut reconstruite après la guerre et prit le visage qu’elle présente encore aujourd’hui. Son aspect évolue cependant constamment. On peut le voir aujourd’hui au nombre de grues, aussi bien dans le centre-ville que dans les nouveaux quartiers situés plus en périphérie.
Il ne reste aujourd’hui que peu de traces du passé historique de Kiev. Seuls la Porte d’Or, aujourd’hui reconstruite en béton, quelques murs de fondation encore apparents, ainsi que les murs de la cathédrale Ste Sophie, élevés à l’aide de la technique de l’opus mixtum (mélange de différents matériaux), témoignent de son passé moyenâgeux.
Les époques qui ont le plus marqué l’architecture de Kiev sont dans aucun doute le baroque ukrainien des 17e et 18e siècles, style dans lequel sont construits de nombreux lieux de culte, le boom industriel de la 2e moitié du 19e siècle et bien entendu les sept décennies de communisme. La place Majdan Nezalejnosti, connue du monde entier depuis la révolution orange, reflète au mieux ce mélange de styles, ainsi que le Khrechtchatyk, les Champs-Elysées ukrainiens, fermé à la circulation le week-end.
L’époque plus récente, caractérisée par Gorbatchev, la chute de l’Union soviétique et l’indépendance de l’Ukraine, se retrouve dans les sous-sols, avec ses immenses supermarchés et ses boutiques de luxe aux façades de verre. La ville continue à s’agrandir. Le nombre d’habitants diminue dans l’ensemble de l’Ukraine, mais pas à Kiev : de plus en plus de personnes venant de tous les coins du pays s’y installent, et ont besoin d’un logement, ce qui entraîne l’aménagement de nouveaux quartiers à la périphérie de la ville.
Conseils-restaurant à Kiev :
Café Budmo, descente Andreas (« Andrievsky uzviv ») Ce café discret, donnant directement sur une des rues les plus touritiques de Kiev passerait presqu’inaperçu. Il offre toute une palette de plats pour les grandes et petites faims. Fouchette de prix : inférieure.
Restaurant O’Panas, parc Tarass Chevtchenko : Ce restaurant sympathique au beau milieu du parc est aménagé dans le style ukrainien traditionnel. Le personnel accueillant et dynamique veille au bien-être des clients. La nourriture et les boissons sont servies fraîches et sont délicieuses. Fourchette de prix : supérieure.
Café-restaurant Talgen, vul Velika Vasylkivska (ancienne rue Khervonoarmiïskaïa) : Ce café très agréable est le point de rencontre de la classe moyenne kiévienne en plein essor. C’est ici que l’on vient se détendre, oublier le stress de la vie en ville en rencontrant ses amis, écoutant de la bonne musique, ou tout simplement en partageant un bon repas. Il y a des salles séparées pour fumeurs et non-fumeurs. Fourchette de prix : moyenne.
Dockers Pub, Kreshatyk : Ce bar, où se produisent pratiquement tous les jours des musiciens, est situé en plein centre-ville. La nourriture y est de plus très bonne. Fourchette de prix : moyenne.
Bogdan Khmelnitski – L’Hetmanat d’Ukraine
01/03/2010 à 10:25 | Publié dans Histoire de l´Ukraine | Un commentaireMots-clefs : Berestetchko, Bogdan Khmelnitski, cosaques, histoire, Kiev, lviv, multiculturalité, Ukraine
Il aurait pu couler des jours heureux jusqu’à sa mort, Bogdan Khmelnitski, scribe des Cosaques enregistrés et chef d’une unité de mercenaires au service de la Pologne-Lituanie. Né à Kiev vers 1595, il reçut une bonne éducation chez les Jésuites de Lviv. Sa première femme, Anna, lui donna cinq enfants. Ils s’étaient mariés après que le jeune Cosaque eût passé deux ans en captivité chez les Tatars. C’est ainsi que Khmelnitski avait appris leur langue, leurs coutumes et leur manière d’appréhender le monde, choses qui lui furent bien utiles par la suite.
Khmelnitski connaît ainsi très bien les trois cultures qui s’entremêlent et parfois s’opposent au début des temps modernes dans cette région frontalière: la Pologne-Lituanie catholique, le monde des Cosaques baigné d’Orthodoxie et le Khanat des Tatars de Crimée, influencé par le monde ottoman.
Après la mort d’Anna, Khmelnitski vécut sur ses terres avec la quelque peu volage Helena. Ils ont un fils, qui a dix ans, tandis que son père en a cinquante.
Dans la première moitié du 16e siècle, la pression de la double monarchie Pologne-Lituanie s’était intensifiée à l’endroit des Cosaques libres, des serfs paysans et des orthodoxes en général. Des privilèges bien ancrés avaient été abolis, le Registre, et donc le nombre de Cosaques libres, amoindri, et des familles libres réduites en esclavage. Une première révolte en 1637/38 fut matée dans un bain de sang. Ça bouillonne en Ukraine, la situation est explosive, mais il manque encore un leader digne de ce nom pour qu’une véritable révolution prenne corps.
Puis, la réalité rattrape Bogdan Khmelnitski dans sa vie jusqu’alors paisible. Un magnat polonais convoite ses terres, un autre profite de son absence pour s’y introduire. Sa femme est enlevée, leur fils tué, et la ferme est ravagée par les flammes.
Khmelnitski, jusqu’alors serviteur fidèle du souverain polonais perd tout dans l’affaire. Il se rend au Sitch saparogue, pour rencontrer les Cosaques libres, leur parle et les convainc. De nouvelles alliances se créent, tandis que les anciennes se renforcent. Un accord est conclu avec le Khan des Tatars de Crimée Islam-Girei. Le 19 avril 1648, la Rada composée de 8000 Cosaques élit Bogdan Khmelnitski nouvel Hetman et proclame le début de l’insurrection.
Quelques jours plus tard, 3000 hommes se lancent dans la bataille. Des serfs et des paysans se joignent à eux et ils remportent leur première victoire, au nord de Krivoi Rog au lieu-dit « les eaux jaunes », sur les troupes polonaises épaulées des Cosaques enregistrés. Ces derniers finalement tueront leur chef Barabach et passeront du côté de Khmelnitski. Dix jours seulement après cet affrontement, les troupes de Bogdan Khmelnitski remportent une nouvelle bataille, à Koursoun (aujourd’hui Korsoun-Chevtchenkovski). A Bila Zerkva, l’Hetman lance un appel à rejoindre ses troupes, et les gens accourent par centaines. Tout le pays, de l’Ukraine à l’actuelle Biélorussie, tombe dans la révolte. Terres et villages brûlent, et des combats sanglants font rage.
Cependant, ils n’y a pas que des terres qui brûlent. Des pogroms eurent lieu à cette époque, dans lesquels moururent plus de 10 000 juifs, qui exerçaient à cette époque très souvent les métiers d’intendants des biens pour les seigneurs polonais, de commerçant et de prêteur sur gage. Pour les Cosaques et paysans au paroxysme de leur haine, c’étaient des proies plus que faciles. La manière de vivre des juifs, différente, et l’ansitémitisme chrétien traditionnel firent le reste. Ce fut le début d’une longue suite de pogroms, qui se prolongea jusqu’au 20e siècle.
A la mort du roi Vladislav, la Pologne perd son unité politique. Une armée de bien 40 000 hommes, mais désunie et sans réel leader, se dirige à la rencontre des insurgés. Les officiers polonais espèrent secrètement une chasse à l’homme et une victoire facile. Ce fut tout le contraire qui se produisit. Les troupes victorieuses de Khmelnitski prirent une bonne centaine de canons polonais et les voitures de la suite des nobles cavaliers.
L’entrée de l’Hetman dans Kiev fut triomphale. Mais la proposition d’alliance faite par les Cosaques fut pourtant officiellement refusée par le tsar, les Russes ne se sentant pas encore assez forts pour entrer en guerre ouverte avec la Pologne. Officieusement, les Russes aident au ravitaillement des Cosaques et leur livrent du blé, de la poudre et du plomb.
Un nouveau roi polonais monte sur le trône début octobre. Durant l’hiver, des négociations de paix sont tenues à Pereslav, mais Khmelnitski refuse la proposition du roi Casimir, qu’il juge insuffisante. Suite à cela, Bogdan Khmelnitski est déclaré ennemi public et sa tête est mise à prix: 10 000 Zloty. Pendant ce temps, les troupes polonaises commencent à reculer et à se retrancher à l’ouest. C’est durant l’été 1649 que se déroula une nouvelle bataille importante, la bataille de Sboriv, entre Lviv et Ternopil.
Cette fois-ci, les Cosaques furent trahis par les Tatars. L’Hetman se voit contraint d’interrompre le combat et de rendre les armes. Le nouveau traité de paix proposé par les Polonais est clément, bien plus clément que celui de Pereslav: amnisitie pour tous, liberté de culte, pas de troupes polonaises postées en territoire cosaque et un registre de 40 000 Cosaques: deux fois plus qu’à Pereslav.
Cependant, finalement, personne n’est satisfait et les deux parties s’arment rapidement pour une nouvelle guerre.
La Pologne n’a aucun problème à trouver des soldats pour combattre sous ses drapeaux. C’est justement la fin de la guerre de 30 ans et de nombreux anciens soldats désoeuvrés sont prêts à s’engager comme mercenaires. Khmelnitski, lui, enregistre de plus en plus de Cosaques.
Dans la nuit du 9 au 10 février 1651, l’armée polonaise passe à l’attaque. La bataille décisive a lieu à Berestetchko, au sud de Lutsk. A nouveau, les Tatars trahissent l’Hetman, et le font prisonnier, tandis que les troupes cosaques réussissent à s’échapper et à gagner la steppe sous la conduite de Bogun. Kiev est prise par les Polonais.
Suite à cette défaite, et ce jusqu’en septembre, Khmelnitski disparaît de la scène politique. C’est à cette époque qu’Helena, la seconde femme de Khmelnitski, est assassinée.
Puis il réapparaît pour la signature de la paix de Bila Zerkva, par laquelle les Cosaques perdirent de nombreux acquis. La guerre est arrivée à un point mort. Le peuple semble épuisé, exsangue. Les combats continuent cependant mollement çà et là. En mai 1652, par exemple, les insurgés remportent une bataille à Batog. L’été de l’année suivante, un seigneur polonais envahit à nouveau le sud de l’Ukraine, et les Cosaques entrent en pourparlers avec Moscou. Cette fois-ci, les Russes sont d’accord de conclure une alliance. Les négociations durent jusqu’à octobre, et le 23 de ce même mois, l’Empire russe entre en guerre contre la Pologne. Les Russes n’étaient certes pas encore tout à fait prêts et auraient bien attendu encore une année afin de s’armer correctement, mais ni les Polonais, ni leurs alliés tatars ne s’en doutent. Finalement, les deux armées s’observent, puis se retirent sans même s’être affrontées.
Au début de l’année 1654, la Rada siège à Pereslav. Le tsar accorde à un registre de 60 000 Cosaques ukrainiens les mêmes droits qu’aux autres Cosaques de l’Empire, ceux du Don et de l’Oural, et leur garantit la liberté de culte. L’hetmanat de Khmelnitski, sur la rive gauche du Dniepr, et Kiev inclu, devient ainsi de jure une province russe. L’Ukraine occidentale, par contre, reste sous contrôle polonais.
Le 21.07.1657, l’Hetman Bogdan Khmelnitski se retire de ses fonctions et meurt peu après. C’est la haine de la Pologne qui lui a donné une raison de vivre si longtemps. Sept ans plus tard, lors d’une nouvelle invasion polonaise, sa tombe sera profanée, et ses restes donnés en pâture aux chiens. Finalement, les Polonais réussirent à avoir leur vengeance.
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