Tchernihiv (russe: Tchernigov), berceau de la foi orthodoxe
24/03/2010 à 15:59 | Publié dans A propos de l'Ukraine - l'Ukraine orientale | Laisser un commentaireMots-clefs : églises, laure, mongols, Tchernigov, Tchernihiv

Eglise de la Transfiguration - Tchernigov
Cette ville située sur la rive droite de la Desna fut considérée pendant des centaines d’années comme LE centre de la foi orthodoxe. Car la ville, dès sa fondation, se développa comme une dangereuse concurrente de Kiev en phase de devenir la nouvelle capitale de la Rus.
Les premières découvertes archéologiques dans la région suggèrent la présence d’une colonie vers 6 000 av. J.C. Vers le milieu du 7e siècle de notre ère, les différentes colonies slaves fondées par les descendants des Vikings auraient été regroupées en un ensemble plus grand portant le nom de Tchernigov. La ville est évoquée pour la première fois en l’an 860 dans une liste de cités de la Rus tributaires de Byzance. Sur cette liste, Tchernigov figure déjà en deuxième position, juste derrière Kiev.
Le 11e siècle marque l’apogée économique et culturelle de la ville. Sa position intéressante en bordure de la Desna, sur la route nord-sud, en font un lieu de passage obligé et encourage le commerce. Des églises et cathédrales furent construites, les premières et plus importantes de la Rus à cette époque-là. Des colons très religieux s’y installèrent, creusèrent des monastères dans la terre, avec la ferme intention d’y vivre et d’y prier. C’est ainsi que furent érigés, de même qu’à Kiev, des monastères troglodytes. De cet endroit, les chefs spirituels orthodoxes russes délivrent des messages et donnent des conseils à toute la chrétienté.
La prospérité de Tchernigov dure jusqu’au 13e siècle. Puis en 1239, les Mongols prennent d’assaut la ville et ne laissent pas une pierre debout. La ville se remet peu à peu de la tourmente, mais ne retrouvera jamais sa force et importance d’avant.
Seule l’importance sur le plan religieux de Tchernigov reste intacte. C’est ainsi que sur les fondations du monastère troglodyte du 11e siècle sera construit au 17e siècle le monastère de la Trinité, qui se développera rapidement en centre significatif pour l’impression de livres, et deviendra par la suite le lieu de résidence de l’archevêque.
Tchernigov, tout comme d’autres villes ukrainiennes, change plusieurs fois de maîtres. Elle devient lituanienne, russe, polonaise, puis à nouveau russe. La ville reste un lieu de pouvoir pour la région, sera capitale de département au sein de l’empire russe, et plus tard le siège de l’administration de l’oblast.

Tchernigov, Tchernihiv, Monastère de la Trinité
Il est possible aujourd’hui de visiter les églises et monastères centenaires, magnifiquement restaurés. Le visiteur est interpellé de loin déjà par les coupoles dorées de la cathédrale de la Transfiguration du Christ, de la cathédrale Boris et Gleb et du monastère de la Trinité. La Laure de Tchernigov, qui a été également fondée par St Antoine l’Athonite peu après la grande Laure de Kiev témoigne encore aujourd’hui de la vie ascétique et imprégnée de spiritualité de ses moines.
Tchernigov est aussi une ville jeune et moderne. De nombreux étudiants y viennent pour étudier dans ses universités et écoles supérieures. Ce sont eux qui mènent la danse le vendredi soir. La rue principale, la Prospekt Miru, est alors investie par des petits groupes de jeunes ou des couples jouant à l’éternel m’as-tu.vu, avant de se rendre dans les discothèques ou les cinémas.
Tradition et modernité, tels sont les mots qui pourraient décrire l’esprit de Tchernigov. Ses parcs, son architecture, et son ambiance de petite ville sympathique en font une étape agréable de circuit.
Conseils restaurant à Tchernigov
Restaurant Dva Gusya (les deux oies) : situé sur la place principale, ce restaurant est le quartier général des étudiants. Son charme tient du fast-food, et il ne faut pas craindre les hits ukrainiens du moment qui passent en boucle sur la chaîne hi-fi. Mais les prix modiques et le wifi gratuit rendent le tout plus supportable. Fourchette de prix : inférieure.
Restaurant Predslava, vul. Pyatnitska : Ce restaurant a été pour nous le premier, dans lequel nous avons été accueillis par musique d’ambiance, table dressées et bougies. Ceux qui ont un faible pour les atmosphères romantiques comprendront comme quelques bougies allumées peuvent rendre une pièce agréable et chaleureuse. Une impression très positive, donc, qui fut confirmée par un service très accueillant. Ce que nous avons préféré : les plats, succulents, préparés à la commande. Fourchette de prix : moyenne.
Galicie-Volhynie
27/02/2010 à 14:19 | Publié dans Histoire de l´Ukraine | 2 commentairesMots-clefs : galicie, histoire, joug mongol, lviv, mongols, multiculturalité, Roman Mstislavitch, Russie kiévienne, Ukraine, Vistule, Volhynie
En 996, le prince Mieszko se convertit au christianisme et fonda le royaume de Pologne ayant pour capitale Gniezno (Gnesen). A cette première ébauche d’un Etat polonais appartenait également le territoire situé entre le Bug et le San, affluent du Vistule. C’est cette région-là que conquit le prince kiévien Vladimir en 981. Dans la première moitié du 11e siècle, ce territoire changea deux fois de mains, jusqu’à ce que les descendants de Valdimir Monomaque en fassent leur base principale dans leur combat pour conquérir Kiev. Cette période, où la région fut mise à feu et à sang s’acheva au 12e siècle avec le règne de Roman Mstislavitch (1173-1205), prince kiévien, qui réussit à consolider son pouvoir et à étendre son influence plus au sud.
Pendant ce temps-là, plus au sud, aux pieds des Carpates, les Rostislavitch, une famille de la haute noblesse de Novgorod, tentait également d’établir son pouvoir. La Rus’, quant à elle, avait certes conquis au nord des territoires polonais, mais entra en conflit à l’ouest avec la Hongrie. De l’Est déferlèrent de plus des hordes mongoles.
La Pologne, la Hongrie, les Mongols ainsi que les différentes familles de la haute noblesse convoitant Kiev déterminèrent l’histoire de cette région du nord de l’Ukraine, à laquelle on donna le nom de Galicie-Volhynie. Bien que ce territoire ait été depuis toujours une région frontalière, les historiens d’aujourd’hui y voient les racines de la nation ukrainienne.
Pendant que la Volhynie perdait de son inflence, en Galicie, les princes Vladimir Volodarevitch (1141-1153) et Yaroslav Osmomysl (1153-1187) réussirent à conclure avec succès différentes alliances successives avec la Hongrie, la Pologne et la Rus’, ce qui permit de consolider leur pouvoir. Cependant, après la mort d’Yaroslav, dont les exploits étaient déjà chantés dans le Dit de l’Ost d’Igor, ses descendants, les souverains de Pologne, Hongrie ainsi que de la nouvelle principauté de Volhynie, Roman Mstislavitch, se disputèrent sa succession. En 1199, le prince Roman réussit à unifier les deux territoires en une seule principauté. Mais la région était toutefois loin d’être stabilisée, et cela notamment à cause de l’arrivée de hordes mongoles.
Daniel, le fils et héritier de Roman, fut comme beaucoup d’autres princes slaves obligé de se plier au joug mongol et de prêter serment de fidélité au Khan de la Horde d’Or. Une alliance avec Rome ne permit pas de renverser la situation, mais entraîna le couronnement de Daniel en tant que roi, ce qui le mit sur un pied d’égalité avec le roi de Hongrie, qui avait lui aussi des vues sue le trône de Galicie-Volhynie.
La politique de colonisation mise en œuvre par Daniel eut un impact très important sur l’histoire de la région. Il favorisa l’établissement d’Allemands, d’Arméniens et de Juifs, ce qui marqua le commencement de la diversité culturelle spécifique à l’Ukraine occidentale. Le fils de Daniel, Léon (1264-1301) fonda à l’emplacement d’une forteresse de son père la cité de Lviv (Lemberg), et agrandit la principauté jusqu’à Lublin.
Cependant, ce petit pays ne pouvait tenir longtemps face à l’appétit des grandes puissanes voisines, la Hongrie, la Pologne et la Lituanie. Casimir III de Pologne s’empara en 1349 de la partie nord du territoire. La Pologne et la Lituanie se disputèrent la région jusqu’à ce que le Grand Prince lituanien Yagiello prenne pour épouse la princesse polonaise Yadviga, ce qui conduisit à la réunification des deux royaumes. L’histoire de la « petite Russie » y trouva ici sa fin.
La Russie Kiévienne
27/02/2010 à 14:13 | Publié dans Histoire de l´Ukraine | 2 commentairesMots-clefs : Cathédrale Sainte-Sophie, Chroniques de Nestor, galicie, histoire, mer Noire, mongols, Russie kiévienne, Ukraine, Volhynie
Deux processus distincts conduisirent à la création du premier empire slave occidental, la Russie kiévienne.
A la fin du premier siècle, des tribus slaves s’installèrent en Europe centrale, sur la presqu’île balkanique et au nord-ouest de la Russie actuelle. Suite à cette expansion fut créé l’Empire de Grande Moravie, situé à l’ouest du Danube ainsi que le premier Empire bulgare au sud de ce même fleuve.
Ensuite, des peuples germaniques venant du Danemark, du sud de la Suède et de Norvège déferlèrent sur l’Europe. Ce fut le temps des Normands, des Vikings et des Varègues, qui pillèrent les côtes d’Europe et d’Afrique du Nord. Avec leurs drakkars très maniables, ils parvinrent à s’introduire très loin à l’intérieur des terres en naviguant sur de grands fleuves comme le Rhin et la Seine, afin de mettre à sac de nombreuses villes.
Ils réussirent, en passant par les fleuves d’Europe de l’Est, à aller de la Baltique à la mer Noire. A cet endroit se trouvait Constantinople, connue pour ses richesses fabuleuses. Les Vikings, Normands et Varègues, au court de leurs expéditions, avaient compris l’intérêt d’épargner les habitants et d’imposer un tribut aux terres conquises, ce qui signifiait la possibilité d’un commerce certes imposé, mais plus ou moins pacifique, permettant d’engendrer de grandes richesses.
C’est ainsi que furent créés le long des routes fluviales d’Europe de l’Est tout un réseau de comptoirs de commerce typiquement scandinaves, où étaient rassemblées les marchandises, le tribut des populations conquises, et où se développa rapidement un commerce prospère avec les populations autochtones slaves. Les marchandises échangées étaient entre autres le miel et les fourrures, très prisées à Byzance et dans les califats arabes.
La noblesse varègue s’établit sur ce filon, et les relations se pacifièrent peu à peu entre les slaves et les scandinaves. Novgorod au nord et Kiev sur le Dniepr devinrent les centres principaux d’un commerce prospère, qui n’aurait pu fructifier sans l’entière collaboration des slaves, et conduisit à l’ébauche d’un premier Etat.
Dans l’historiographie russe, puis soviétique, le rôle joué par les scandinaves dans la création de la Russie kiévienne fut passé sous silence. Un avis contraire exprimé à voix haute pouvait conduire à la fin anticipée de carrière ou à pire. Aujourd’hui, la question est traitée de façon beaucoup plus pragmatique.
Peu de sources témoignent de cette époque lointaine. L’une des rares sources à disposition des chercheurs, dont l’exactitude n’est cependant pas certaine, est la « Chronique des Temps passés » du moine kiévien Nestor, connue aussi sous le nom de la « Chronique de Nestor ». Selon ces chroniques, Oleg le Riourikide réunit les royaumes de Kiev et de Novgorod en 882 et fit de Kiev la « mère de toutes les villes de la Rus’ ». En 955, la princesse Olga (Helga) se fit baptiser à Constantinople, et appela auprès d’elle le prêtre Otto le Grand afin qu’il convertisse ses sujets à la foi chrétienne.
Si Olga porte encore un nom germanique, le nom slave de son fils Sviatoslav (962-972) témoigne de l’assimilation de plus en plus évidente des princes varègues à la population slave locale.
Le fils de ce dernier, Vladimir, fit du christianisme la religion d’Etat. Ceci marqua d’un côté les débuts de la Russie kiévienne comme un Empire respecté, et d’un autre côté posa les jalons du développement culturel spécifique à l’Europe Orientale.
Le règne de Yaroslav le Sage (1019-1054) marqua l’apogée de la Russie kiévienne. A Kiev commença la construction de la Cathédrale Sainte-Sophie, Ilarion devint le premier métropolite russe et on introduisit un premier code de loi. Les luttes pour l’accession au trône et les révolutions de palais restèrent pourtant des problèmes récurrents. Yaroslav tenta de changer les règles de succession au trône, selon lesquelles désormais le dauphin ne devait plus être automatiquement le fils aîné du roi, mais pouvait aussi être le plus âgé de ses frères. Cela n’apaisa cependant en rien les tensions au palais, car désormais oncles et neveux se faisaient la guerre pour accéder au trône.
L’empire déclina peu à peu. La ville de Souzdal, située au nord-ouest de la Rus’, devint de plus en plus puissante jusqu’à concourrir avec Novgorod, cependant qu’au sud-ouest la Galicie-Volhynie devenait de plus en plus prospère. Des razzias de nomades à cheval dans les steppes situées au nord de la mer Noire empêchèrent le bon déroulement du commerce entre le nord et le sud, qui était l’une des principales sources d’enrichissement de l’Empire
En 1240, les hordes mongoles mirent à sac Kiev. Ceci marqua la fin du long déclin de l’Empire kiévien.
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